25 juin 2013

Le témoignage du transporté Charles Hut, favorable à Seznec.

 

87541608_oExtrait de "parmi les fauves et les requins,

de Charles Hut  et René Delpêche

Les éditions du Scorpion.

A propos de Seznec : témoignage, sous forme d'opinion, de Charles Hut qui le côtoya (cette opinion est exprimée avec passion et mérite d'être portée à la connaissance du lecteur, mais elle n'apporte aucun élément de preuve supplémentaire, qui accuse davantage ou qui disculpe Seznec). Notons que Hut se présente comme "le confident de tous les instants" de Seznec qui, de son côté, n'a jamais parlé de lui dans ses souvenirs. L'isolement de Seznec, de par ses fonctions de lampiste "protégé" par l'AP, et à cause de son caractère unanimement décrit comme hautain et méprisant vis à vis de ses codétenus permet de relativiser cette assertion.

/… Car il était dit, décidément, que je ne devais rien ignorer de son destin, tout comme de celui de Guillaune Seznec  que j'avais retrouvé aux Iles en même temps que lui. Seznec dont je serai aussi le compagnon, le confident de tous les instants et de la bouche duquel j'ai appris tous les détails de cette mystérieuse affaire Quémeneur, dont je n'avais pas entendu parler jusqu'alors.

De cette sombre histoire qui passionna l'opinion pendant si longtemps, je ne dirai rien qu'on ne connaisse déjà, mais je puis témoigner par contre de l'accent de sincérité qu'avait mon malheureux compagnon pour clamer son innocence. Pour moi, Seznec n'était pas coupable du crime dont on l'accusait. Cet homme qui s'est confié spontanément à moi sur un bat-flanc, aux Iles du salut, ne mentait pas. S'il y eut jamais un innocent au bagne, ce fut bien celui-là.

En note de bas de page, Hut ajoute:

110SEZNEC ETAIT INNOCENT. – Dans ce chapitre où il est question de Guillaume Seznec, j'estime n'avoir pas suffisamment parlé de lui et des raisons que j'ai de croire en son innocence.

Comme la plupart d'entre nous, je n'avais pas cru d'abord, aux protestations qu'il ne cessait d'élever chaque fois quand nous lui demandions d'expliquer son histoire. J'avoue même avoir été alors plutôt sceptique, ayant eu beaucoup de mal à saisir toute l'intrigue de ce sombre drame sans cadavre, de cette ténébreuse histoire de vente de propriété et de la rocambolesque machination – c'est le mot – relative à cette machine à écrire retrouvée au Hâvre, sur laquelle aurait été tapé l'acte de cession de la propriété de Plourivo, en Bretagne.

Ayant toujours professé une sainte horreur de l'injustice, j'avais donc voulu me faire une opinion formelle sur cette troublante affaire, ceci uniquement pour mon édification personnelle. Mon témoignage en aucun cas ne pouvant être valable.

C'est ainsi qu'à plusieurs reprises et de loin en loin, j'avais tenté de relever les contradictions dans les dires du vieux Breton. Toutes mes tentatives furent vaines. Jamais, je n'ai pu prendre Seznec en flagrant délit de mensonge.

Beaucoup de mes compagnons qui le détestaient ne cessaient de me reprocher mes relations avec lui.

- Comment peux-tu fréquenter un charognard? Me disaient-ils. "Seznec un mouchard!" sous prétexte qu'il jouissait d'une bonne "placarde"* et se montrait distant avec nous et différent de tous.

Seule comptait pour lui la révision de son procès qu'il espéra pourtant jusqu'à son dernier souffle.

Je me souviens d'un test auquel je l'ai soumis. Sachant qu'il avait été accusé de s'être rendu au Hâvre, mais avait toujours soutenu le contraire pendant l'instruction et au cours des débats en Cour d'Assises, j'avais voulu avoir le cœur net de cette histoire.

Un soir, sur notre bat-flanc aux Iles du salut, je lui avais dit:

85577197_o(à gauche, la lampisterie où officiait Seznec) - J'ai eu aussi une drôle d'aventure au Hâvre. C'était boulevard de la République, au rond-point près de la Gare, devant le Café… ; tu te rappelles, le bistro où…

Mais Seznec ne m'avait jamais laissé achever ma phrase:

- Mais père Charles, je ne connais pas le Hâvre, m'avait-il fait remarquer. Je n'y suis jamais allé…

Comme j'insistais, le pseudo assassin de Quémeneur avait encore ajouté:

- Tu te trompes, Charles. Je peux te jurer n'avoir jamais mis les pieds dans cette ville…

Un autre jour, revenant à la charge, je lui avais dit:

- Tu me connais, tu sais que tu peux avoir confiance en moi. As-tu oui ou non confiance en ma discrétion?

- Mais oui, Charles, Pourquoi cette question?

- Eh bien! Dis-moi franchement ce que tu penses de Quémeneur. Est-il mort ou vivant?

- A mon avis, répondit Seznec, Quémeneur n'est pas mort

- Alors où crois-tu qu'il puisse être?

- Je n'en sais rien. Peut-être… est-il devenu inconscient subitement ou bien en fuite à l'étranger… Cette question, vois-tu, je me la pose depuis le premier jour. En tout cas, je te le jure, Charles, je ne suis pour rien dans sa disparition.

A dater de ce jour, ma conviction était faite : SEZNEC ETAIT INNOCENT !

Charles Hut.

* placarde : planque, sinécure – Seznec était affecté à la lampisterie de l'île, poste de tout repos: il n'avait qu'à changer les mèches et remplir de pétrole les quelques dizaines de lampes utilisées pour les besoins du service.

Cela relativise d'ailleurs le témoignage de Hut car très vite Seznec fut dispensé du couchage en case commune, dormant dans son petit local et pas sur le bat-flanc habituel.

Posté par borghesio à 16:16 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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