21 août 2013

Le médecin Norbert Heyriès, qui servit aux îles du Salut (3)

 

51R3345MJPLComme ses collègues médecins du bagne qui le firent avec plus ou moins de réussite, Norbert Heyriès devait composer avec une patientèle très rouée: les innocents étaient une minorité infime et aux îles, on gardait les détenus dont les affaires avaient le plus scandalisé l'opinion, ou les Incorrigibles de l'évasion. Ces derniers qui n'avaient guère que cela à faire de leur journée avaient toujours un coup d'avance sur le personnel, en matière de tromperie. On peut imaginer qu'un mdecin colonial qui jusque là n'avait travaillé qu'au proit d'une population "normale" ait vite été testé par les transportés, que dans les débuts il fut sans doute victime d'une ingénuité bien naturelle - d'autant plus que son rôle étant par définition antagoniste de ceux des surveillants, il ne pouvait guère s'appuyer sur leur jugement.

Des forçats se faisait passer pour plus malade qu'ils ne l'étaient, dans le but d'échapper à une corvée ou de toucher un supplément de ration: les conséquences d'une erreur étaient vénielles dans ces conditions.

Mais parfois, ils créaient des symptômes de pathologies graves dans le but d'être envoyé au Nouveau Camp ou sur l'îlot Saint-Louis réservé aux lépreux, afin de pouvoir tenter une évasion. Un tuberculeux expectorant des crachats sanguinolents et infectés - contagieux et susceptible de mourir à brève échéance car on ne connaissait pas de traitement à la phtisie galopante - partait vers le Nouveau Camp très peu surveillé, d'où il était relativement facile de s'évader. De ce fait, il sévissait à l'infirmerie un sinistre trafic de crachats de malades que revendaient les infirmiers: Lors de la visite, le "malade" plaçait ce crachat dans sa bouche pour expectorer devant le médecin méfiant, soucieux de s'assurer qu'il appartenait bien au patient, avant l'examen au microscope. On mesure les risques que certains étaient prêts à prendre pour quitter ces îles dont on ne s'évadait pas (s'il y eut des tentatives, à peu près aucune ne réussit). Le malheureux Pincemint qui eut son heure de célébrité lors d'une évasion mémorable partie de Saint-Laurent mourut de cet essai: le médecin fut dérangé au dernier moment alors qu'il avait placé le crachat sanguinolent et plein de bacilles de Koch dans sa bouche, et il dut le garder de longues minutes. Il décéda quinze jours plus tard...

IR entrée hopitalHospitalisation d'un transporté

FLAG4Les forçats étaient aussi passé maîtres dans l'art de passer pour des lépreux. Il fallait d'une part maquiller les lésions, d'autre part s'entraîner à simuler l'insensibilité qui était un des symptomes de cette maladie alors sans traitement. Pendant des mois, ils se faisaient piquer, pincer ou brûler sans préavis par des camarades sur tel ou tel membre, afin d'être parfaitement conditionnés  et ils maquillaient "la" lésion à l'aide de plantes irritantes, de décoction, de cendres, etc. dont on se passait les recettes de "promotion" en promotion, après s'être bâtie une "légende" fondée en général sur une relation sexuelle furtive avec une négresse (on croyait en la contamination par cette voie, assortie d'une très longue incubation). Passons sur les ophtalmies provoquées par des graines de ricin glissées sous la paupière... Les trouvailles étaient innombrables.

Norbert Heyriès devait composer avec cela. Il lui fallait détecter les simulateurs tout en aidant ceux qui l'appelaient à l'aide, déplorant à maintes reprises de manquer de compétences dans un domaine précis. Selon lui, la présence d'au moins un médecin aliéniste était indispensable** (des lettres à lui adressées, reproduites dans l'ouvrage, témoignent de cas de délires aigus, parfois clairement paranoïaques et contre lesquels il était totalement démuni (on sait par ailleurs que Charrière dit Papillon simula la folie pour se faire affecter à l'asile avant de changer d'avis - mais il lui fut plus difficile d'en sortir que de s'y faire interner). Le médecin était sans nul doute plus à l'aise pour traiter les cas de blessures - le plus souvent à l'arme blanche - consécutives aux bagarres entre transportés.

** Un projet relativement abouti existait, visant à construire une véritable unité pour les aliénés en lieu et place du bâtiment de la réclusion à eux affectés - totalement inadéquat: un lieu conçu pour être l'instrument d'une sanction extrême ne saurait convenir pour traiter des malades. La guerre le reporta sine die et ensuite, le bagne ferma.

85580321_oHeyriès devait aussi gérer la santé des gardiens et autres personnels de la tentiaire, ainsi que de leurs familles, un aspect qu'à peu près aucun historien du bagne n'évoque. Certes l'endroit était sain, mais un grand nombre de gardiens avaient ramené des pathologies contractées sur la Grande Terre - paludisme principalement - et une grande part d'entre eux souffraient des conséquences d'un alcoolisme qui sévissait d'autant plus que les distractions étaient rares dans ce microcosme de quelques hectares où on cohabitait par la force des choses dans une promiscuité pénible, quand la seule distraction était le passage au Mess ou quand on subissait un pénible huis-clos familial faute d'une vraie vie sociale: les inimitiés contractées en service voyaient leur prolongement pendant les heures de repos, et la rigueur d'une société de castes dans laquelle les gradés ne fréquentaient pas les subordonnés, où ceux qui avaient le statut de militaire se tenaient à l'écart des civils, où le médecin suscitait l'agacement quand il semblait adoucir le sort de Transportés n'arrangeait en rien la situation.

C'est ainsi qu'alors que le maintien d'une certaine distance - qui n'aurait pas exclu de faire preuve d'humanité - entre les membres de la tentiaire et des transportés favorisés par leurs fonctions ou plus manipulateurs que d'autres n'existait plus depuis belle lurette, à la fureur des Commandants successifs des îles placés ainsi dans l'impossibilité de faire respecter une discipline minimum et d'empêcher les trafics inqualifiables évoqués précédemment, qu'ils devinaient sans être informé avec précision de la plupart d'entre eux. Certains s'en moquaient ; d'autres voulaient juste éviter un scandale. Le dernier, en revanche, ne tolérait pas ces abus qui favorisaient les détournements de nourriture qui plaçaient la plupart des transportés sous un régime de famine alors même que Coco Sec (surnom du Commandant des îles pendant cette période) mettait un point d'honneur à se contenter de sa ration règlementaire, sans autre supplément que ceux qu'il pouvait acheter sur sa solde quand un approvisionnement depuis Cayenne était possible!

Monsieur T, surveillant aux îles, m'a ainsi déclaré en 1983 que pendant la guerre, 80% des pensionnaires** "crevaient la dalle", 15% se débrouillaient à peu près normalement et 5% engraissaient, s'enrichissant même avec la complicité de collègues qui, en retour, nourrissaient leurs poules voire leur cochon avec une bonne part du pain des rations. Ajoutez-à cela des cocufiages en série entre gardiens et épouses, souvent avec des pensionnaires qui se tapaient des femmes de collègus au vu et au su de tout le monde, sauf de l'intéressé bien sur et vous avez une idée de l'ambiance. Le pauvre Coco sec, un célibataire qui ne pensait qu'à son travail, était la risée de presque tout le monde - dans son dos parce que ses colères étaient terribles - malgré ses efforts pour rétablir un semblant d'ordre: c'était une vraie mafia regroupant des bagnards et des fonctionnaires qui organisait les détournements. Une véritable honte et je n'ai pensé qu'à une chose, sortir de là. A la surprise générale, j'ai demandé à être affecté sur l'île du Diable, qui était presque toujours le lieu d'une mutation disciplinaire, juste avant la révocation, et finalement on m'a renvoyé sur le Continent. 

** sa propre expression

Etaient dispensés de rentrer dans la case collective les infirmiers requis pour assister les malades, les porte-clés mais aussi - et cela au mépris des règlements - les garçons de famille qui pouvaient ainsi servir le dîner et faire la vaisselle (dont ceux de la famille Heyriès), les chouchous de gardiens dont certains, célibataires, allaient jusqu'à garder un môme pour la nuit. (propos de Monsieur T., Monsieur Martinet, en l'entendant, s'est fâché en soutenant qu'il disait n'importe quoi. Il faut signaler que si Monsieur Martinet était un témoin en général fiable, il niait certaines évidences dès lors que l'honneur du corps des surveillants mlitaires aurait pu s'en trouver entaché. Témoignages de Hut, de Belbenoit, de Vaudé)

canotDe nombreux incidents attestés par divers rapports, à toutes les époques font état de gardiens ayant usé intempestivement de leur autorité - voire de leur arme - sous l'empire de l'alccol et cela permet de placer l'ambiance. Emile Jusseau, qui fut canotier aux îles - poste très dur mais qui permettait de bénéficier de "privilèges" - relate la mort atroce d'un gardien au demeurant détesté, complètement ivre et qui tomba à l'eau en gesticulant depuis l'embarcation ; il se noya avant d'être dévoré par les requins.

Jusseau plongea sans succès pour tenter de lui sauver la vie, ce qui lui valut les remerciements émus du collègue de la victime également ivre - jusque là au comportement odieux avec Jusseau qu'il avait dans le nez - regrettant qu'il n'ait pas réussi. En substance: "tu l'aurais ramené que tu étais sans doute grâcié, mais là je ne pourrai malheureusement pas grand chose pour toi". 

Impossible, dans ce sombre tableau, de situer avec précision l'attitude du Docteur Heyriès. On sait seulement qu'il fut suffisamment apprécié des transportés pour qu'au moment de son départ, plusieurs dizaines d'entre eux lui envoient une lettre collective de remerciements préparée et décorée par Francis Lagrange.

Claire Jacquelin, au vu de lettes et de note qu'elle a consultées sans les reproduire in extenso parle de bagnards lettrés, précepteur et professeurs de l'enfant qui, pendant ses loisirs, apprenait à chasser l'iguane à la carabine, accompagné d'un autre forçat. Selon elle, "le charme de l'épouse et la gentillesse de l'enfant apportent "un peu de lumière dans ce malheur, cette dépravation, cette déchéance, cette désespérance". Il parait que les garçons de famille apportent de temps à autre un lapin volé dans le clapier d'un surveillant, en racontant leur technique pour échapper aux chiens méchants: se mettre entièrement nu et marcher à quatre pattes, ce qui les interloque.

071011IMG_0749L'habitation du médecin

La faute est vénielle, mais on est en plein dans ce manque de distance préjudiciable aux repères indispensables dans un tel milieu, évoqué ci-dessus: des garçons de famille dispensés de passer leurs nuits dans la case règlementaire, qui commettent un forfait et en font profiter leur bienfaiteur. Comment, dans ces conditions, s'il en avait l'intention, le médecin pourrait-il contribuer à éradiquer les trafics qui affamaient la majorité des transportés?  Si Heyriès semblait intraitable pour tout ce qui relevait de ses seules prérogatives, cette attitude démontre a priori qu'il resta indifférent à la situation générale soit par choix, soit parce qu'il avait pris la mesure de son impuissance.

Enfin on revient à la question posée dans la première partie des notes consacrées à Heyriès: quels éléments ont pu le déterminer à faire vivre femme et enfant dans cette atmosphère de dépravation, de déchéance, de désespérance plutôt qu'à Cayenne?

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071011IMG_0850Cimetière des gardiens, sur l'île Saint-Joseph (abandonné un temps, il est désormais impeccablement entretenu par la Légion étrangère). Trois porte-clés, transportés en cours de peine, sont inhumés sur une lisière de ce cimetière: c'est un remerciement posthume pour avoir permis, par leur attitude héroïque qui leur coûta la vie, d'étouffer une révolte qui menaçait de s'en prendre aux familles de gardiens. On sait que les autres forçats, une fois décédés, étaient livrés aux requins - pas spécialement par mépris mais tout simplement faute de place sur ces îlots rocheux où la place faisait défaut pour creuser des tombes en grand nombre.

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071011IMG_0756Cimetière des enfants du personnel (île Royale). Une mère à l'agonie a obtenu de reposer aux côtés de son enfant mort peu de temps auparavant. C'est à la sépulture de cette femme que Charrière dit "Papillon" fait allusion en se targuant de l'avoir profanée pour y dissimuler des éléments d'une cavale imaginaire. Fort peu imaginable car on se recueillait quotidiennement sur ces sépultures, de surcroît situées juste sous la terrasse du commandant des îles: si des nos jours la végétation a envahi les alentours, à l'époque tout était dégagé.

Certes, les inhumations se sont poursuivies pendant environ quatre-vingt-dix ans. Mais compte tenu du fait que le personnel "libre" fut toujours peu nombreux sur les îles: quelques dizaines tout au plus, des hommes jeunes avec une famille en rapport avec leur âge, la taille des cimetières oblige à conclure que l'état sanitaire de ce personnel n'était pas brillant surtout quand on sait que les épidémies de la Grande Terre ne sévirent jamais sur ces îles qui portaient bien leur nom.

Dessin mural1(Fresques dans les ruines de l'hôpital de Royale) On ne parle guère du travail des médecins auprès de ces membres du personnel ou de leur famille. On oublie qu'ils aidèrent des femmes à accoucher, assistés pour cela par des forçats en cours de peine. Qu'ils soignèrent les enfants en jeune âge et la vue du cimetière montre qu'ils subirent des échecs sans doute terribles pour leur conscience, malgré la science médicale encore balbutiante à l'époque, car ils croisaient les parents éplorés plusieurs fois par jour sur cet îlot minuscule.

Outre les conséquences de l'alcoolisme déjà évoquées, le paludisme pour ceux qui avaient servis sur la Grande Terre (en particulier à Kourou, juste en face des îles du Salut) la tuberculose devait sévir car à l'époque, toutes les catégories sociales étaient frappées. On citera également les conséquences néfastes d'habitudes vestimentaires qui laissent incrédules quelques décennies plus tard: le casque colonial jugé indispensable (si on sortait tête nue on faisait demi-tour précipitamment, comme si le danger était immédiat et un surveillant sans son casque écopait d'arrêts de rigueur), la ceinture de flanelle sous laquelle on transpirait comme un boeuf, le manque d'hygiène corporelle habituel à cette époque, amplifié par la transpiration et le rationnement de l'eau comptée sur ces îles dépourvues de sources en dehors de la saison des pluies. Eau qui de toute manière n'était guère potable car conservée dans des citernes et une réserve sur le plateau, toute d'une propreté douteuse (d'où les mladies intestinales dont la plus grave à l'époque était l'ankylostomiase). Dans les années trente, il était ainsi recommandé en Guyane de ne pas se laver trop souvent pour éviter les refroidissements consécutif au choc thermique (l'eau était au moins à 25°...).

071011IMG_0739(ci-contre: quartier des détenus) Certes au début des années quarante, les mentalités devaient évoluer si on en juge par les dessins de Francis Lagrange: les surveillants rondouillards et engoncés dans un uniforme épais, contemporains d'Albert Londres, avaient apparemment fait place à des militaires relativement affûtés et vêtus plus légèrement. Mais Monsieur T. comme Monsieur Martinet me l'ont confirmé: les pensionnaires couramment torse nu (voire entièrement dénudés) se baignaient fréquement dans les piscines des forçats de Royale et Saint-Joseph (des bassins fermés par de lourds rochers pour les protéger des requins): "finalement, ils se lavaient plus que nous et leur tenue était d'autant plus supportable qu'ils la retiraient en permanence".

N'oublions pas une pathologie qui faisait souffrir le martyre car les opiacés étaient administrés chichement: les coliques néphrétiques, toujours fréquentes sous ce climat où du fait de la transpiration, l'appareil rénal est peu irrigué et à cause également de l'abondance des conserves de viande dans l'alimenttaion. Ces calculs rénaux se formaient d'autant mieux qu'on buvait peu d'eau. Lorsque les "cailloux" ne descendaient pas, il fallait les extraire et c'était une opération lourde et hasardeuse. Au moins, pendant presque deux années, avec Norbert Heyriès, les îles bénéficièrent d'un chirurgien compétent.

Après deux années passées en Guyane, l'essentiel du séjour s'étant déroulé aux îles du Salut, Norbert Heyriès fut nommé en Martinique. Il n'est pas indifférent de noter qu'il permuta avec le médecin qu'il remplaçait.

 

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01 juin 2013

Les conditions climatiques et sanitaires.

 

 

evasions romancees (2)Même au XXIe siècle, la lecture des forums de voyage laisse le connaisseur de la Guyane quelque peu ahuri devant toutes les peurs que ce pays suscite, bien à tort. On les sent prêts à dormir au quotidien avec des mygales, sous des nuées de mmoustiques si d'aventures ils ne seront pas dévorés par des fourmis ou attaqués en pleine ville par des caïmans ou des anacondas... Quand au climat, il fut décrit des décennies durant comme profondément malsain, qui fait de la Guyane le tombeau des Français.

Le climat tout d'abord. Effectivement, nous sommes en zone équatoriale donc il fait chaud... Dans des limites raisonnables. De jour il fait très rarement moins de 21°, et très occasionnellement plus de 32°. La nuit, la température descend en général à 20° avec un ressenti de 18° en forêt, en raison de la condensation sous la canopée. Comme en outre les alizés soufflent quasiment en permanence, à condition de ne pas faire un exercice trop violent, la température est des plus supportables: on eut mis le bagne à Tataouine ou dans le sud algérien, que les conditions climatiques eussent été autrement infernales. Certes, tirer des stères de bois sous le cagnard, cela n'avait rien d'agréable, mais le travail du mineur, celui de l'ouvrier fondeur, n'étaient pas non plus des sinécures et paradoxalement, la tenue légère des forçats qui, sur certains chantiers, travaillaient parfois même entièrement nus (ce qui ne gênait aucunement les gardiens, le risque d'évasion étant notoirement diminué) les avantageait par rapport à celles de leurs surveillants qui, victimes des préjugés de l'époque, accumulaient les couches de vêtements qui les faisaient littéralement bouillir (on notera la double ou triple épaisseur de flanelle requise!)

casque_paindesucrePour eux, le port du casque colonial était obligatoire du lever au coucher du soleil (sous peine de sanction sévère) - après, le surveillant pouvait utiliser son képi quand le forçat était libre d'utiliser - ou non -  son chapeau de paille tressée peut être moins esthétique, mais plus agréable sous ce climat (il devait néanmoins se découvrir avant de s'adresser à un "chef")

matoutouQuant aux insectes et autres bêtes supposées malfaisantes, on a toujours eu tendance à surestimer leur impact, encore que l'absence de soins de blessures a priori minimes pouvait entraîner des complications sérieuses. Albert Londres souleva un problème épineux: celui des pieds des forçats, en général dans un état lamentable. L'explication était simple: la dotation en souliers était des plus insuffisantes, ce qui imposait de porter des sabots la plupart du temps... sabots avec lesquels il était à peu près impossible d'effectuer des tâches courantes ou même de marcher à un train soutenu.

De ce fait le forçat vaquait le plus souvent pieds nus à ses occupations, et accumulait ainsi les blessures surinfectées et les invasions par des chiques ou des vers macaques, sorte de parasites qui s'incrustent sous la peau. C'est aussi par la voie intradermique que les forçats qui travaillaient au contact des animaux contractaient des ankylostomes (vers qui se logent dans l'appareil digestif). Or si l'ankilostomiase encore relativement fréquente en Guyane se traite facilement et à peu de frais de nos jours, il n'en était pas de même avant 1930 et nombre de bagnards sombraient dans une forme d'anémie qui les maintenait dans un état d'épuisement chronique. De même, les piqures de moustiques ou de fourmis, grattées et infectées, se transformaient fréquemment en ulcères - d'autant plus que par une rare inconscience certains forçats aggravaient ces lésions pour gagner quelques jours de repos: mais s'ils atteignaient le stade de la septicémie, il n'y avait que peu de sulfamides et pas encore d'antibiotiques pour les guérir...

On est également atterré par l'absence de prise en compte des spécificités locales pour ce qui concerne les habitudes hygiéniques et alimentaires. Hygiéniques tout d'abord. L'homme blanc et a fortiori le bagnard s'est vite et à juste titre fait octroyer une réputation de saleté chronique. Quand les petits Amérindiens, quand les Négrillons ne manquaient pas une opportunité de se baigner (il y a toujours une crique (petite rivière) aux alentours, quand leurs parents faisaient de même avec toutefois plus de discrétion, les "pensionnaires" de Saint-Laurent du Maroni se contentaient d'un vague débarbouillage et changeaient de tenue une fois par semaine, portant ainsi une livrée pleine de sueur et de crasse (exception faite des garçons de famille qui ne devaient pas déshonorer la maison qu'ils servaient): quant à leurs surveillants, si la livrée extérieure devait être correcte, l'absence d'eau courante dans un grand nombre de leurs logements en disait long sur leur hygiène corporelle. Au moins aux îles, tant à Royale qu'à Saint-Joseph, des "piscines" permettaient à qui le désirait de se rincer abondamment (les forçats étaient friands de ces bains; jamais ou presque jamais les surveillants et leurs familles ne les utilisaient)

S'il n'y a pas tant d'insectes qu'on ne le dit en Guyane (sauf en de rares endroits et à de rares moments: l'heure de "la Volée", du crépuscule, à Iracoubo ou à la Pointe Macouria, par exemple, est toujours un supplice pour chacun) ils ne manquent pas et savent fort bien profiter des opportunités qu'on leur offre. Les belles demeures créoles en étaient à peu près dépourvues, car le courant d'air naturel qui les traversait les empêchait de s'y incruster.

40205156En outre, chaque lit était couvert d'une moustiquaire soigneusement battue en début de nuit et on y faisait le ménage de façon très attentive pour éviter d'attirer trop de ravets, ces énormes cafards particulièrement répugnants qui sévissent sous ces latitudes. Rien de commun avec les cases collectives des forçats qui s'y entassaient par dizaines, n'y faisant le ménage (quand ils le faisaient) que le dimanche, et par la force des choses y laissant traîner toutes sortes de débris de nourriture, surtout quand on ajoute le fait que pour des raisons de sécurité propres à tout local pénitentiaire, les très rares fenêtres de petite taille, obturées par d'épais volets, empêchaient toute autre circulation d'air que celle du "tirage" de bas (le logement des tinettes) au haut (la fenêtre du pignon opposé!). Quiconque a vécu sous les tropiques sait que dès qu'on met les pieds dans une zone non ventilée, les agressions par des insectes sont plus nombreuses.

IMG_0146S'imaginer une cinquantaine d'hommes qui passeront de 10 à 14h enfermés là, pour manger, dormir, se distraire, sous un climat tropical...

Il en allait évidemment de même des cellules et cachots des quartiers de punis, les pires étant ceux de la réclusion de Saint-Joseph, car les immenses toitures en tôle sur l'ensemble des "cages" créaient une condensation telle que même les gardiens protestaient et réclamaient des aménagements de service - et ils étaient en hauteur, dans une partie relativement aérée!  On comprend aisément que la moindre plaie mettra un temps infini à se cicatriser dans ces conditions, que les mycoses se développeront sans aucune entrave et que l'état général du forçat qui n'a ni la volonté ni les connaissances nécessaires pour préserver une hygiène élémentaire ne fera qu'empirer.

tanon[ci contre: la maison Tanon] Il y avait d'autres aberrations. Une nourriture tout juste suffisante "en théorie" (mais nous avons vu à quel point la "débrouille", à tous les niveaux, réduisait la part dévolue au forçat "de base" sur le plan quantitatif, mais nettement déséquilibrée. Les cas de scorbut ou de béri-béri étaient légion, de même que les intoxications dues à des conserves de mauvaise qualité ou à de la viande avariée: il fallut attendre 1931 pour qu'un sous-directeur avisé organise une corvée quotidienne de pêche aux Îles du Salut, qui suffit - et bien au delà ! - à remplacer des salaisons de porc ou de morue importées à grand frais - mais l'influence considérable des grandes maisons de commerce comme Tanon (ci-contre) qui tenaient la place, pouvant "faire sauter" un Gouverneur ou un directeur de l'Administration pénitentiaire, et qui fournissaient les bagnes pour des sommes considérables y était sans doute pour quelque chose. A noter le grand étonnement de ce sous-directeur doté d'imagination qui s'extasia devant le fait qu'au lieu de se révolter, les forçats apprécièrent considérablement ce changement dans leur alimentation (ils allèrent jusqu'à aimer les bananes qu'on leur servit en complément du pain, un jour où la farine était par trop charançonnée).

Une des raisons principales de la mauvaise santé des "pensionnaires" et du personnel de l'AP était... l'alcoolisme alors que si la ration quotidienne de rhum attribuée aux surveillants était colossale (2l par jour - mais il est juste de signaler qu'une grande part d'entre eux revendaient la plus grande partie de ce pactole), elle était minime pour ce qui concerne les forçats (quelques décilitres). Seulement, les habitudes avaient la vie dure... surtout quand elles rapportaient gros à l'AP!

quinineOn ne fera pas abstraction de la fièvre jaune dans les premières décennies, et ensuite tout le temps du bagne et au delà (il y a une forte recrudescence au XXIe siècle) des "fièvres" (paludisme, dengue) du fait de la mauvaise connaissance de la transmission par les moustiques. En outre quand on découvrit le traitement par la quinine et qu'on envisagea d'en donner aux forçats à titre préventif, la plupart de ces derniers laissaient couler à terre devant des surveillants indifférents la ration journalière, persuadés qu'ils étaient qu'on voulait ainsi "attenter à leur virilité".

Outre des épidémies sporadiques de choléra, on déplorait des cas considérables de dysenterie qu'on ne soignait guère qu'avec du lait condensé, dont les boîtes étaient en nombre si réduit qu'elles servaient davantage de récompense que de traitement. Il n'empêche... Dreyfus, sur son île qui n'était pas, - et de loin! - l'endroit le plus insalubre du bagne s'il devait être un des plus pénibles du fait de l'isolement atroce dans lequel il fut maintenu, ne guérit de ses épisodes dysentériques que lorsque le médecin lui en attribua un lot... périmé.

medecin-bagne-3-copierLe médecin chef Rousseau - comme d'autres - s'est insurgé contre une pratique déplorable dont les méfaits étaient pourtant largement connus: l'incapacité (ou le refus) de donner aux forçats de l'eau sinon potable (l'immense majorité de la population civile n'en disposait pas non plus), du moins relativement propre. Dans les cases collectives, on mettait un baquet de bois rempli d'eau tirée d'un puits ou d'une citerne (aux Îles, l'eau a toujours fait défaut; on récupérait les eaux pluviales, les puits ne donnant de façon parcimonieuse qu'une eau saumâtre; à Saint-Laurent les ressources n'étaient guère meilleures: six mois de l'année, l'eau des puits était saumâtre).

Ce baquet contenait l'eau "pour boire" mais aussi pour se débarbouiller, se raser et se nettoyer après avoir déféqué: le forçat puisait dans le réservoir commun avec sa boîte personnelle... On imagine, au bout de quelques heures, la qualité de l'eau et on ne s'étonnera pas du nombre élevé de dysenteries et de parasitoses intestinales. Pire: pour les cellules et les cachots, les baquets de déjection et ceux qui contenaient l'eau nécessaire à la boisson et à la toilette étaient les mêmes, simplement vaguement rincés avant d'être réutilisés à telle ou telle fonction! On ajoutera que la présence de baquets non couverts étaient une source de gites larvaires propice à la prolifération des moustiques, véritable torture, dans ces conditions, qui empêchait le sommeil et qui en outre propageaient dengue et paludisme.

FLAG11Cachot. L'enferrement fut supprimé au début du XXe siècle. (tableau de F Lagrange)

FLAG4Ce qui soulevait le plus l'horreur, c'était la lèpre contre laquelle il n'existait aucun traitement (lien). Mais si la condition des malheureux qui la contractèrent fut épouvantable (isolement total d'abord sur l'île du Diable, ensuite sur un îlot du Maroni) elle ne toucha, pendant presque un siècle d'existence "que" quelques centaines de bagnards. En revanche dans les chantiers forestiers on attrapait très souvent le redoutable pian-bois (leishmaniose) contre lequel il n'y avait pas non plus de traitement.

Cela fut un drame lorsqu'au moment du rapatriement, en 1946 et dans les années suivantes, des libérés durent rester en Guyane, à la léproserie de l'Acarouany que le Préfet Vignon fit aménager pour que les conditions d'existence des malades fussent moins indignes. Très longtemps, il fallut fournir un certificat de non contagiosité de la maladie de Hansen (lèpre) pour avoir le droit de quitter la Guyane et en 1984, des dépistages systématiques avaient encore cours dans les écoles.

Hôpital_de_Saint-Laurent-de-MaroniL'hôpital de Saint-Laurent du Maroni était un bâtiment splendide, dont trois bâtiments étaient réservées aux forçats. En revanche, le Nouveau Camp décrit entre autres par Albert Londres était un infâme mouroir réservé aux impotents et incurables, privés à peu près de tout.

Nouveau campCet hôpital et les vestiges de l'hôpital colonial de Cayenne comme de nombreux éléments du patrimoine guyanais a été laissé dans un scandaleux état d'abandon, qui les amenèrent à un état de décrépitude avancée. Il faut désormais, maintenant que le temps a fait son oeuvre, tenter de réparer les dégâts. Argent perdu, mais pas pour tout le monde!

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IMG_0192Hôpital de Saint Laurent du Maroni, de nos jours (photos personnelles)

 

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hopital colonialHôpital colonial de Cayenne (Jean Martial)

 

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Aux îles, l'hôpital, une très belle construction en pierre rouge ("roche à ravet") était plutôt réservée au personnel de l'AP venus du continent (le climat, plus salubre, permettait une meilleure convalescence), mais on y opéra également des transportés. A Cayenne, un bâtiment du grand hôpital Jean Martial était également réservée aux forçats.

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Les médecins ont laissé un souvenir contrasté. Certains, tel le médecin chef Rousseau qui officiait aux Îles, voyaient l'Homme dans le forçat et accomplissaient leur tâche avec rigueur, se battant pour que les peines disciplinaires évidemment nécessaires face à un tel public parfois peuplé d'Incorrigibles à forte dangerosité n'attentent pas à la santé. On lui doit entre autres le quart réclusionnaire (un condamné à la réclusion cellulaire et dont la conduite n'appelait pas d'observation majeure n'effectuait que le quart de sa peine avant d'en être relevé conditionnellement), la suppression des cachots entièrement noirs. Mais si le Médecin chef Rousseau obtint ces aménagements décisifs, c'est sans doute aussi parce que ne sombrant pas dans la démagogie, il refusait toute complaisance vis à vis des forçats simulateurs... complaisances qui, semble-t-il, survinrent parfois et provoquèrent des dysfonctionnement sérieux. Rousseau mettait le commandant des îles en rage quand il faisait réformer des centaines de kilos de farine qu'il jugeait impropre à la consommation, et il fit sensation un jour que découvrant une soupe destinée à ses malades vraiment trop claire et dépourvue de viande (les différents détournements avaient sévi), il prit son fusil, alla dans le quartier des surveillants pour tirer une vingtaine de leurs poules, qu'il remit aux cuisines de son hôpital.

IR entrée hopitalLa plupart des médecins étaient considérés comme des chics types (témignages recueillis personnellement: Mr Badin, Mr Martinet, F.T, R.V) par les détenus (et donc parfois peu appréciés par le personnel quand ils s'opposaient à l'application d'une sanction jugée dangereuse pour la santé du puni, ou qu'ils imposaient un classement "aux travaux légers" qui, il faut bien le dire, ne s'imposait pas toujours).

D'autres (cela me fut confirmés par deux gardiens en retraite et trois anciens transportés) faisaient preuve d'une indifférence scandaleuse, refusant de traiter un homme s'il n'était pas à l'article de la mort: cas, en 1939, au moment où pourtant le bagne s'humanisait, d'une gangrène avérée à la jambe droite et d'un refus d'hospitalisation. Le transporté, amputé trop tardivement, mourut dans des souffrances épouvantables (mêmes témoignages: mais les temps avaient changé et le médecin fut révoqué). On notera également le dévouement d'un grand nombre d'infirmiers (eux mêmes détenus) dont un des meilleurs fut sans aucun doute Manda (le Manda de Casque d'Or) qui passait des nits blanches au chevet d'hommes malades pour qu'ils ne meurent pas dans la solitude, qu'aucune tâche sanitaire ne rebutait quand d'autres, au nom de la sacro sainte "débrouille" se livraient à un trafic sordide, détournant remèdes, lait condensé, aliments de complément, pansements, teinture d'iode, sulfamides, quinine etc. qu'ils revendaient en ville au détriment des malades et des blessés.

Un aspect pernicieux du règlement disciplinaire était à l'origine de maintes aggravations d'une blessure ou d'une maladie: se faire "porter" (malade) pour une visite et ne pas être "reconnu" exposait à des sanctions disciplinaires (prison pour une durée allant de quelques jours à un mois). D'où des plaies surinfectées qu'on aurait pu guérir facilement deux jours avant, d'où des états de déshydratation avancée causées par des dysenteries qui doivent être soignées à l'instant. Il y avait aussi le cas de ces innombrables petits camps sans présence médicale où c'était un surveillant sans compétence sanitare qui décidait (ou non) de faire évacuer tel ou tel forçat...

Mr Martinet, surveillant à la retraite (témoignage que j'ai recueilli), a tenu à nuancer ce tableau plutôt sombre en rappelant le contexte: certes le forçat ne bénéficiait pas de conditions médicales enviables si on le comparait au militaire en temps de paix (il ne faisait pas de doute que les surveillants de l'AP et les soldats de l'infanterie coloniale présentes en Guyane étaient mieux traités). Mais selon lui, les civils de la colonie tout comme nombre d'habitants en France étaient finalement moins bien lotis "globalement". Tout dépendait, finalement, de la "grande loterie" (truquée) des affectations. Rien de commun entre le casseur de cailloux, celui qui "faisait le stère" au quotidien dans des chantiers forestiers glauques, le balayeur de rues, le garçon de famille, voire l'employé au télégraphe.

Selon lui - et les statistiques corroborent ce point de vue, il fallait absolument survivre les premières années, voire les premiers mois: c'était au début, entre le désespoir lié à l'arrivée, les placements en troisième classe, la plus dure que beaucoup, se laissant aller, décédaient rapidement. Passée cette étape, si on savait se ménager en évitant de boire (ce qui était interdit mais courant), en n'étant pas trop souvent puni, en gardant coûte que coûte la moins mauvaise hygiène de vie possible -, l'adaptation permettait de vivre au moins aussi longtemps au bagne qu'un ouvrier dans son usine et bien davantage qu'un mineur de fond.  Mr Martinet était révolté par le fait que les pires des crapules, celles qui auraient mérité, selon lui, les "vrais" travaux forcés, étaient envoyés par souci de sécurité (éviter les évasions et les problèmes avec les civils) aux Îles du salut qui, selon lui, n'étaient qu'une vaste colonie de vacances. Selon lui, tout détenu promis à ce placement aurait du demeurer en France dans une maison centrale - perspective qui, d'ailleurs l'aurait autrement effrayé que de partir au bagne.

mohamed ben aliLe "contre exemple": Mohamed Ben Ali, 71 ans dont 47 de bagne...

evasions romancees (2)Tordons le cou une fois pour toutes à une idée reçue : les serpents venimeux, les fauves et les caïmans ne constituaient pas, ne constituent toujours pas, un risque significatif en Guyane. Cela dit, les surveillants ne faisaient rien pour démentir les rumeurs, qui concouraient à limiter le risque d'évasions.

evasions romancees

FLAG15Et si autour des îles la menace des requins était réelle même si qu'exagérée, cela était dû pour l'essentiel à l'abattoir: on égorgeait deux ou trois animaux chaque jour, dont le sang et les entrailles étaient balancés en mer. La fable de la cloche qui attirait "les requins affamés" quand on immergeait le cadavre d'un bagnard décédé doit être prise pour ce qu'elle est: une légende (il n'en mourait de toute manière qu'occasionnellement, pas suffisamment pour déclencher des réflexes conditionnés). A un tel point que - détail macabre qui me fut confirmé par Mr Martinet - on trouvait parfois des morceaux décomposés de ces cadavres sur les rives, dédaignés par les squales. Ces derniers pouvaient néanmoins se montrer dangereux pour un baigneur imprudent et sorti de la "piscine des forçats".

boulayLe transporté Boulay, canotier des îles (un poste très recherché) fut ainsi quasiment amputé, défiguré et émasculé par un de ces requins.

Dieudonné attribue cet "accident" au fait qu'il est resté immobile au lieu de battre frénétiquement des membres - ce qui va à l'encontre des prescriptions actuelles.

Le cas du Transporté Boulay, condamné à vie pour l'assassinat d'un codétenu fut néanmoins jugé "intéressant" par les médecins: qui lui sauvèrent la vie et entreprirent de très nombeuses opérations spectaculaires de "reconstruction" (dans les années vingt!) ; il est douteux qu'un civil ait bénéficié d'une telle attention à cette époque, sans généreux mécène. Néanmoins, chaque jour, Boulay écrivait une lettre de réclamation à l'AP. qui le nomma ensuite gardien du presbytère.

 

Posté par borghesio à 19:30 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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