29 mai 2013

L'île du Diable

 

La plus petite des trois îles du Salut, elle fut lieu de déportation sous le second Empire, puis elle servit de léproserie avant de revenir à sa fonction première avec l'affaire Dreyfus. Un projet visait à en faire un sanatorium pour les membres du personnel atteints de tuberculose, mais il fut abandonné, le bagne vvant ses derniers mois et aucun investissement n'étant de ce fait, programmé.

 

Les cartes mises à disposition de l'administration, au moment de l'affaire Dreyfus, quand il fallut l'aménager pour recevoir le déporté.

555_435_image_caom_3355_10_7_031895_carteLe chenal entre Royale et l'Ile du Diable est fréquemment parcouru par un violent courant, et le ressac se fait durement sentir. Aussi l'accostage est très difficile.

555_436_image_caom_3350_b177_ile

555_434_image_caom_3357_rm_fevrier_1898_carte

EVT391HReprésentation attribuée à un transporté.

CapturePlan établi par Dreyfus.

ile-du-diable26Vue contemporaine

071011IMG_0856Ile du Diable vue depuis l'Ile Royale - Case de Deyfus rénovée (photo personnelle)

071011IMG_0885

85224392_oAnciennes cases des déportés, puis de la léproserie

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18 mai 2013

Le transport qui amena Dreyfus en Guyane, en 1895.

(rapport du Médecin Chef, commissaire du Gouvernement)

 

FL001778_sVoici la transcription intégrale du rapport de voyage établi par le Médecin de 1ère classe Rançon,

Commissaire du Gouvernement à bord du "Ville de Saint-Nazaire", responsable du convoi de 1894.

Ce convoi faisait l'objet d'une attention particulière: ce fut lui qui emmena Alfred Dreyfus, condamné "à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée" en compagnie de transportés et de relégués.

 

555_377_image_caom_3350rm_b171_01rBord  "Ville de Saint-Nazaire, le 10 mars 1895.
Le médecin de 1ère classe des Colonies Rançon
Commissaire du Gouvernement à bord du vapeur
affêté "Ville de Saint Nazaire" à Monsieur le Gouverneur de la Guyane Française.
                

Monsieur le Gouverneur,

J'ai l'honneur de vous rendre compte des conditions dans lesquelles s'est effectué le dernier voyage du vapeur "Ville de Saint Nazaire" affrêté pour le transport à la Guyane des condamnés aux travaux forcés et des relégués, et de porter à votre connaissance les évènements qui se sont produits à bord ainsi que les observations auxquelles je me suis livré au cours de la traversée de l'Île d'Aix aux Îles du Salut.
  

 Conformément aux ordres de Monsieur le Ministre des Colonies, la "Ville de Saint Nazaire" a appareillé de l'Île d'Aix le 22 février dernier à septe heures du soir, à destination de la Guyane en emportant un convoi composé comme il suit:

  1 - Mr le Docteur Rançon, Médecin de 1ère classe des Colonies, Commissaire du Gouvernement,
  2 - Monsieur le Surveillant-Principal Grimm Jean-Baptiste, Edmond, Chef de convoi,
  3 - Mr le Surveillant-Chef de 1e classe Bastard François, Marie,

555_379_image_caom_3350rm_b171_01v4 - Mr le Surveillant-Chef de 2e classe Tournez Barthélémy ;
  5 - Dix-Sept Surveillants de 1e, 2e et 3e classe,
  6 - Onze femmes de surveillants,
  7 - Dix enfants de Surveillants, dont un seul est agé de moins de 3 ans,
  8 - Soixante-Dix condamnés à la relégation collective,
  9 - Cent-trente-sept condamnés aux travaux forcés,
 10 - Un condamné à la Déportation dans une enceinte fortifiée, à perpétuité,
Soit en tout Deux-cent-cinquante passagers de toutes classes dépendant tous du Ministère des colonies.

 D'une façon générale, je suis heureux, Monsieur le Gouverneur, de vous annoncer que le voyage s'est effectué dans les meilleures conditions voulues et je me plais à reconnaître que, pendant toute la durée de la traversée, tout s'est passé à bord de la façon la plus correcte. La compazgnie a comme toujours scrupuleusement exécuté le cahier des charges qui lui est imposé. Le détachement de surveillants s'est conduit d'une façon exemplaire, et les condamnés et relégués ont rigoureusement observé les consignes et les...  [il manque une page du rapport]

/...

555_380_image_caom_3350rm_b171_02rBien que nous n'ayons eu aucun décès et bien que la santé générale se soit sensiblement améliorée, je n'hésite pas, Monsieur le Gouverneur, à vous déclarer que je suis loin d'être satisfait au moment de l'arrivée de l'état sanitaire du convoi.

    2 - Condamné à la Déportation dans une enceinte fortifiée.

J'arrive maintenant, Monsieur le Gouverneur, à la partie la plus pénible et la plus délicate de notre tâche et je vais avoir l'honneur de vous rendre compte aussi exactement et aussi fidèlement de la triste mission que nous avons eu à accomplir au cours de ce dernier voyage en ce qui concerne le nommé Dreyfus (Alfred), ex capitaine, condamné à la Déporttaion Dans une enceinte fortifiée pour crime de haute trahison.

A - Embarquement. - Conformément aux instructions de MM les Ministres des Colonies et de la Marine, le condamné Dreyfus Alfred a été embarqué à bord du vapeu affrêté "Ville de St-Nazaire" dans le plus grand secret et dans le plus strict incognito.

  Afin de nous conformer aux prescriptions de MM les Ministres de l'Intérieur, de la Marine et des Colonies, une fouille minutieuse des effets et des objets appartenant au prisonnier a été faite en notre présence dans le corps de garde attenant à la cellule qu'il occupait au Dépôt de St Martin de Ré. Cette fouille est restée infructueuse et n'a amené la découverte d'aucun papier ni objet suspect.

555_381_image_caom_3350rm_b171_02vIl n'a été laissé à sa disposition que les vêtements qui lui étaient absolument nécessaires pour se vêtir et une couverture de voyage. Le reste a été, en notre présence, renfermé dans une malle et une valise ad hoc.

  Mr le Préfet maritime de Rochefort avait décidé que Dreyfus serait embarqué sur l'aviso de l'Etat "l'Actif" en même temps que les autres condamnés composant le convoi. Mais après en avoir longuement conféré, Mr le Directeur du Dépôt, Mr le Lieutenant de vaisseau commandant le convoi et moi, nous avons reconnu que vu l'état des esprits à St Martin de Ré, et la présence dans la ville de proches parents du prisonnier, il pouvait y avoir de graves inconvénients à procéder ainsi. Nous avons en conséquence décidé de l'embarquer isolément et immédiatement.

Le condamné fut donc conduit sous bonne escorte, et, en notre présence, à bord d'une vedette à vapeur mouillée devant le port de la citadelle. Je pris place à ses côtés avec 4 surveillants militaires choisis et Mr le Surveillant Principal Grimm, dans la chambre du patron. Cette opération se fit sans aucun incident. A quatre heures quinze minutes du soir,  nous faisions route vers la rade de l'Île d'Aix où nous arrivions sans encombre à huit heures trente minutes, le long de la "Ville de Saint Nazaire".

555_382_image_caom_3350rm_b171_03rConformément aux instructions de Mr le Ministre des Colonies, le prisonnier fut immédiatement conduit dans le plus grand secret dans le bagne des femmes qui lui avait été assigné, par ordre, comme cellule pendant tout le cours de la traversée. Deux surveillants militaires furent commis pendant cette première nuit à sa garde, et reçurent la consigne formelle de ne pas lui adresser la parole et de ne répondre à aucune des questions qu'il pourrait leur adresser, quelles qu'elles soient. Cette consigne a été scrupuleusement et fidèlement observée. Des rondes répétées nous ont permis d enous en assurer.

Dès le lendemain et pour suivre à la lettre les instructions du département, nous arrêtâmes, Mr le Commandant du vapeur "Ville de St Nazaire" et moi, les grandes lignes d'une consigne générale dans le but de faire surveiller attentivement le prisonnier et pour exécuter scrupuleusement les ordres de Mr le Ministre des Colonies.

Nous décidâmes, en conséquence, de concert avec Mr le Surveillant-Principal, chef de convoi:

555_383_image_caom_3350rm_b171_03v1 - Que le prisonnier serait gardé à vue nuit et jour par un surveillant militaire, ancien de service et offrant toutes les garanties voulues d emoralité et de discipline militaire. En conséquence, quatre surveillants de 1ère classe furent uniquement chargés de ce service. Ils se relayaient toutes les deux heures.
  Ce poste de confiance fut donné aux surveillants de 1ère classe Leblanc, Tomasi, Duval et Arboireau dont le plus jeune ne compte pas moins de 14 ans de service. Je me hâte de dire qu'ils se sont acquittés de leur pénible tâche d'une façon remarquable et digne du plus grand éloge.

2 - La consigne leur fut donnée de ne pas perdre de vue le prisonnier une minute, de ne jamais lui adresser la parole, de ne répondre à aucune de ses questions, de surveiller ses moindres mouvements, de veiller à ce qu'il ne communique avec persnne, de faire écarter du panneau quiconque s'y présenterait et particulièrement de s'assurer qu'il n'écrivait pas.
  Cette consigne fut, pendant toute la durée de la traversée, exécutée à la lettre.

3 - Il fut convenu que les clés des cadenas de sureté seraient toujours entre les mains du Capitaine et que la porte du bagne ne serait ouverte, pour les besoins du service, qu'en présence du Capitaine, de moi, du Surveillant-Principal chef de convoi ou du Surveillant-Chef  de 1ère classe Bastard, chef de bordée.

Pendant toute la durée de la traversée, il ne fut en aucun cas contrevenu à ces dernières prescriptions.

555_384_image_caom_3350rm_b171_04r4 - Lorsque le prisonnier monta sur le pont, il fut tenu un compte rigoureux des instructions du Département. Il eut toujours sa promenade dans l'isolement le plus complet et sous la surveillance de deux de ses gardiens qui avaient alors pour consigne spéciale de s'opposer même parla force à toute tenttaive de suicide et de veiller à ce qu'il ne communique avec qui que ce soit, soit par gestes, soit par paroles.
  J'ai constaté chaque jour que cette consigne avait été régulièrement observée.

5 - En ce qui concerne les vêtements, nous arrêtames les dispositions suivantes qui furent toujours scrupuleusement exécutées : on ne laissa à sa disposition que les effets dont il avait strictement besoin pour se vêtir, et les objets de toilette, savon, éponge, brosse à habits et brosse à dents qui lui étaient absolument indispensables. Tous les vêtements et objets avaient au préalable étés minutieusement visités. Il en a été de même pour les vêtements et linge de rechange dont il a eu besoin au cours de la traversée.

En résumé, jamais un vêtement, objet quelconque ne lui a été remis sans avoir au préalable été visité dans les moindres détails.

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Le prisonnier ayant demandé des livres, on s'est bien gardé de lui donner ceux qui lui avaient été envoyés par sa famille au Dépôt de Saint-Martin de Ré. On ne lui prêta que les livres de la bibliothèque du bord et encore, après s'être assuré qu'ils ne contenaient ni papiers ni indications suspectes.

Conformément aux instructions du Département, le condamné Dreyfus fut soumis aux mêmes instructions et à la moindre discipline que les autres prisonniers.

Pendant tout le voyage, il fit preuve du plus grand sang-froid, et je dirais plus, de la plus Grande indifférence. Une fois seulement, son calme parut l'abandonner et assis sur son escabeau, il sanglota pendant une dizaine de minutes,  mais sans prononcer aucune parole.

Au moment du débarquement, sa santé est bonne et n'a jamais été altérée au cours du voyage. Du moins il n'a jamais réclamé nos soins. Son sommeil a été généralement bon. Par deux fois seulement, il eut des cauchemars pendant lesquels il répéta à deux reprises, sauf variantes, plusieurs phrases dont le sens était que le vrai coupable ne tarderait pas à être découvert, car sa femme payait pour cela plusieurs agences de police et dépensait de ce fait mille francs par mois.

555_386_image_caom_3350rm_b171_05rEn résumé, comme vous pouvez le voir, Monsieur le Gouverneur, toutes les mesures ont été prises à bord pour obéir aux instructions du Département et pour seconder le plus efficacement possible les vues du Gouvernement : on ne saurait , à mon avis, adresser à Monsieur le Capitaine Thémin trop d'éloges pour tout le zèle, le dévouement et la présence d'esprit qu'il a montrés dans l'accomplissement d'une mission qui demandait autant de tact que de la volonté et de l'énergie.


3 - Personnel libre.


Le personnel libre embarqué sur la "Ville de Saint-Nazaire" ne comprend uniquement, cette fis que le détachement de surveillants militaires , leur famille et Madame Mahieu, belle-mère du Surveillant de 1ère classe Tomasi, embarquée avec autorisation du Département.

Les deux infirmiers coloniaux titulaires du poste ayant été oubliés et n'ayant reçu aucun avis du Département ne se sont pas présentés à l'embarquement.  De ce fait, le service médical a été pour Mr le Médecin Major relativement pénible. Il l'eut été bien davantage, si Mr le Directeur de la Comptabilité et des services pénitentiaires, président de la commission de visite, ne l'avait pas autorisé à utiliser les services de deux condamnés en qualité d'infirmiers. Ces deux hommes se sont bien conduits et m'ont rendu des services appréciables.

 

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A - Locaux - Les locaux affectés au Personnel libre étaient au moment du départ dans le plus parfait état de propreté. Il en a été de même pendant toute la durée de la traversée.

B - Literie - Couchage - La literie et les objets de couchage donnés par la Compagnie ne laissaiant rien à désirer. Les matelas ont été refaits à neuf ainsi que cela a lieu pour haque voyage. La compagnie, comme elle en a pris la bonne habitude, a encore donné aux familles des surveillants de 2e et 3e classe , des draps, oreillers etc. etc. Bien que cela ne sui soit nullement imposé par la charte-partie.

C - Nourriture - La nourriture a toujours été saine, abondante et bien préparée. Je n'ai, du reste, reçu aucune réclamation à ce sujet et n'ai entendu que des paroles de remerciement et de contentement.

D - Discipline - Je n'ai absolument que des éloges à adresser au détachement des surveillants tout entier. Chacun a fait son devoir, et a fait preuve, malgré les charges du service, du plus grand esprit de discipline et de subordination. De tous les détachements mis jusqu'à ce jour à ma disposition, celui ci est assurément le meilleur. Il ne se compose du reste que de vieux serviteurs qui depuis longtemps déjà ont fait leurs preuves.
Je suis, je vous avouerai franchement, embarrassé pour en signaler quelques-uns tout particulièrement à votre bienveillane. Il me faudrait vous les citer tous. Vous pourrez, du reste, vous en rendre un compte exact par l'état de notes qui leur ont été données mar Mr le Surveillant Principal, chef de convoi.

555_388_image_caom_3350rm_b171_06rJe vous demanderai donc de vouloir bien accorder au détachement tout entier un témoignage officiel de votre haute satisfaction. Etant sonné la façon vraiment déplorable de servir du dernier détachement et la situation toute particulière dans laquelle s'est trouvé celui-ci, je me permets de vous dire que j'attache un haut prix à ce que vous vouliez bien avoir la bonté de leur témoigner aussi votre contentement par un ordre du jour motivé.

Toutefois, je vous prierai de vouloir bien accorder tout particulièrement votre haute protection à M.M Grimm, Surveillant Principal, dont je n'ai pas besoin de vous faire l'éloge et qui m'a rendu des services signalés dans les circonstances pénibles dans lesquelles nous nous sommes trouvés à bord, Bastard et Tournez, Surveillants Chefs qui sont des serviteurs dévoués ; Leblanc, Duval, Tomasi, Arboireau et Firolini, surveillants de 1ère classe qui ont  su s'acquitter au cours du voyage de tâches ingrates et souvent fort difficiles.

E - Etat sanitaire - L'état sanitaire du détachement de surveillants militaires et de leurs familles et, au moment de leur débarquement, aussi bon que possible.

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4 - Equipage

L'équipage embarqué sur le vapeur affrêté "Ville de Saint Nazaire" se compose de 36 hommes, nombre absolument suffisant pour assurer les différents services de bord. Chacun, selon ses attributions, s'est efforcé de nous rendre notre tâche facile et a fait son possible pour nous seconder efficacement.

Il n'y a jamais eu aucune relation de quelque nature que ce soit entre un homme quelconque de l'équipage et les condamnés. Je dirai plus, dans les circonstances présentes, tous ont fait preuve de la plus grande discrétion.

Je n'ai plus, Monsieur le Gouverneur, à vous faire l'éloge du capitaine Thémin. Je ne ferai que vous répéter ce que je vous ai déjà dit dans mes autres rapports. Ce serait donc inutile. Je me permettrai seulement en terminant de formuler bien timidement un voeu qui m'est cher, c'est qu'après la délicate mission qu'il vient de remplir et étant donné ses services antérieurs, Mr le Capitaine Thémin reçoive enfin la récompense qu'il a depuis longtemps déjà méritée.

Je vous demanderais en conséquence, Monsieur le Gouverneur, de vouloir bien, en cette circonstance, lui accorder votre haute protection.
Je suis, avec le plus profond respect,
Monsieur le Gouverneur,
Votre très obéissant serviteur

Signé: Dr Rançon

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05On ne peut que demeurer abasoudi devant le haut degré de paranoïa qui entoura le transport de Dreyfus (seule peut être ne fut pas envisagée l'abordage en plein océan du bateau affrêté par des unités de la marine allemande, dans le but de libérer le supposé traitre). Le responsable du convoi, en outre, s'attacha dans ce rapport à ce que toutes les parties prenantes, depuis le commandant du vapeur jusqu'à l'humble surveillant de troisème classe voient leurs mérites reconnus et soient récompensés à la hauteur de ces derniers - sans doute pour éviter qu'on se pose des question sur la culpabilité du déporté (qui ne faisait pas débat en 1895) et sur la pertinence des sanctions infligées. 

On n'oubliera pas de situer le contexte: le personnel est militaire, et pour un membre de l'armée, la trahison à des fins vénales est le comble de l'ignominie. Cela, plus l'antisémitisme latent (qui explosera plus tard au fur et à mesure du développement de l'affaire ne peut que les inciter à éprouver hostilité et mépris à l'égard du coupable, forcément coupable. Plus que les brimades d'ordre matériel, c'est sans nul doute ce mépris universel qui affecta profondément Dreyfus.

Le rapport est tronqué. Nous formulerons deux hypothèses à cet égard: soit une perte de documents, soir une sélection des fragments consacrés à Dreyfus ou peu s'en faut, les transportés et relégués étant considérés comme partie négligeable.

01 avril 2013

Les Déportés du Second Empire, sur l'île du Diable.

En 1854, Monsieur Van Schmidt, Gouverneur de la Guyane hollandaise, visite les déportés politiques de l’le du Diable

« Dans l’île du Diable, la troisième et la moins importante des îles du Salut, on a réuni les déportés politiques français. Ces malheureux, égarés par de dangereux sophismes, méditent, à plus de 1.200 lieues de la France, au moyen de créer des gouvernements républicains parfaits. On leur laisse le libre exercice de cette jouissance et on dit qu’ils se sont choisi successivement depuis quelques mois six présidents nouveaux. Des myriades de requins errant autour de l’île les empêchent de fuir et le gouvernement leur laisse cette République en miniature tout à leur aise et songe même, dit-on, à leur faire présent d’une imprimerie »

Cité par Michel Pierre (la Terre de la Grande Punition)

CASES DEPORTESLes premières cases de déportés (ancienne léproserie)

safe_imageFaut-il souligner que cette imprimerie n'exista que dans l'imagination de Van Schmidt? Cela dit, les déportés du Second Empire bénéficiaient de conditions de détention particulières qui les distinguaient des forçats.

Droit de porter des vêtements civils - à condition de les recevoir de leurs familles ou d'avoir les moyens financiers suffisants pour s'en procurer, venant de Cayenne ; dispense de travail ; droit de porter la barbe (signe de républicanisme, et qui les distinguait des forçats imberbes et tondus), accès à de nombreux livres envoyés par leur entourage, etc.

La première cohorte de ces déportés comptait Charles Delescluze (ci-contre: il mourra pendant la Commune), et regroupait un grand nombre de proscrits après le coup d'état du 2 décembre 1851.

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Les déportés vivaient dans des cases individuelles, faisaient leur cuisine et entretenaient leur linge. L'accès à l'île du Diable était (et est toujours) excessivement difficile du fait des courants, du ressac qui empêchent parfois l'accostage des jours durant (plus tard, on bâtit un transbordeur, avec un câble qui joignait l'île Royale). On a exagéré la dureté du climat de l'île du Diable: il y fait au grand maximum 32° et les nuits y sont suffisamment fraîches pour ne pas être pénibles (les conditions très particulières de la détention de Dreyfus, que nous évoquerons plus tard, expliquent pourquoi il les supporta si mal).

P1170547-ile-du-diableCela dit, elle n'avait pas ce côté "atoll enchanteur" qu'on lui connaît de nos jours puisque aucun arbre n'y poussait (il ne fallait pas que les déportés puissent faire des radeaux), quand maintenant, elle est couverte de cocotiers. En revanche, il est difficile d'imaginer la souffrance que représentait la promiscuité - l'île est minuscule, et partout, les vagues provoquent un vacarme incessant (pour y avoir séjourné deux jours, parti pour une heure, bloqué par la houle survenue sans préavis et en être revenu la tête fracassée, l'auteur de ce blog peut en témoigner).

Aucune source non plus, donc il fallait tant bien que mal récupérer l'eau de pluie qui croupissait rapidement: en saison sèche, c'était un réel problème. Enfin le courrier - évidemment contrôlé - mettait des mois à parvenir au gré de livraisons aléatoires. Le taux de mortalité considérable pour une majorité d'hommes en pleine force de l'âge, alors que l'île était exempte d'épidémies, suffit à montrer la dureté des conditions de vie: les déportés mouraient à peu près autant que les transportés, astreints au travail forcé. Il se suicidaient également dans de fortes proportions.

Outre Charles Delescluze, futur dirigeant de la Commune de Paris condamné dès 1849 pour "complot", l'île se peupla et se dépeupla au gré des arrivées, des décès, des amnisties. Contrairement à une légende bien établie, aucun déporté ne s'évada jamais de l'île du Diable. Ceux qui parvinrent à s'affranchir de la Guyane avaient été transférés auparavant sur le continent. Sur les 329 condamnés qui séjournent dans l'île depuis 1852, 76 sont morts, 177 sont revenus légalement en France métropolitaine, 58 se sont évadés de Guyane et 17 s'y sont installés après leur libération.

En 1866, il ne restait plus qu'un seul condamné, Tibaldi, envoyé en déportation en 1857 pour complot contre l'empereur. L'île retrouva alors sa vocation de léproserie pour les forçats, afin d'éviter les risques de propagation de l'épidémie. Rapidement, on transféra ces lépreux sur un îlot du Maroni et l'île du Diable retrouva sa fonction première d'accueil des déportés, après les affaires Dreyfus et Ullmo, puis des traitres réels ou supposés condamnés pendant la Première Guerre Mondiale.

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31 mars 2013

La Guyane, le bagne, vus par le capitaine de Frégate Bouyer (1)

Qui commanda le vaisseau l'Alecton et entreprit un voyage en Guyane en 1862 et 1863, sous le second Empire.

31-03-2013 19;44;42Frédéric Bouyer fit le récit de ce voyage, paru en 1867 aux Editions de L. Hachette et Cie, réédité plus tard par les éditions Guy Delabergerie de Cayenne.

DSCN2590

A MON PERE,

LE DOCTEUR BOUYER

ANCIEN MEDECIN DE PREMIERE CLASSE DE LA MARINE IMPERIALE,

CHEVALIER DE LA LEGION D'HONNEUR, etc.

 

Il a visité avant moi les pays que j'ai voulu décrire. Il les reconnaîtra, je l'espère, malgré les années écoulées ; car si les institutions changent, la nature reste immuable.

Brest, le 15 décembre 1866

Fréd. Bouyer

La plupart des très nombreuses illustrations de l'ouvrage sont des gravures de Riou, en général d'après les croquis de l'auteur.

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31-03-2013 19;10;53 (800x657)Parti de Toulon le 21 novembre 1861, l'Alecton est un aviso à vapeur de 120 chevaux, en bois, doté de roues à aubes, destiné au service de la station navale de Cayenne et de sa colonie pénitentiaire. Comme il se doit, il franchit le détroit de Gibraltar avant de se lancer dans l'interminable traversée de l'Atlantique, franchissant le cap Trafalgar, faisant escale à Cadix avant de rencontrer un calmar géant, animal dont l'opinion tenait alors l'existence pour une fable. Le témoignage d'un officier de la marine impériale aurait évidemment valeur de preuve, et l'Alection tenta vainement de s'en emparer. Si le but ne fut pas atteint, l'événement permit à l'aviso comme à son capitaine d'accéder à une certaine notoriété.

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Après plusieurs rencontres qui n'avaient permis encore que de le frapper d'une vingtaine de balles auxquelles il paraissait insensible, je parvins à l'accoster d'assez près pour lui lancer un harpon ainsi qu'un nœud coulant, et nous nous préparions à multiplier le nombre de ses liens, quand un violent mouvement de l'animal ou du navire fit déraper le harpon qui n'avait guère de prise dans cette enveloppe visqueuse ; la partie où était enroulée la corde se déchira et nous n'amenâmes à bord qu'un tronçon de la queue. Nous avions vu le monstre d'assez près et assez longtemps pour en faire une exacte peinture. C'est un encornet gigantesque. Il semble mesurer dix-huit pieds de la tête à la queue. La tête, qui a la forme d'un bec de perroquet, est enveloppée de huit bras de cinq à six pieds de longueur. Sa couleur est d'un rouge brun, ses yeux glauques ont la dimension d'une assiette; la figure de cet embryon colossal est repoussante et terrible.

Officiers et matelots me demandaient à faire amener un canot pour essayer de garrotter de nouveau le monstre et de l'amener le long du bord. Ils y seraient peut-être parvenus si j'eusse cédé à leurs désirs; mais je craignais que dans cette rencontre corps à corps l'animal ne lançât un de ses longs bras armés de ventouses sur le bord du canot, ne le fît chavirer, n'étouffât plusieurs hommes de ses fouets redoutables, chargés, dit-on, d'effluves électriques et paralysantes, et comme je ne pouvais pas exposer la vie de mes hommes pour satisfaire une vaine curiosité, je dus m'arracher à l'ardeur fiévreuse qui nous avait pris tous en cette poursuite acharnée et j'ordonnai d'abandonner sur les flots le monstre mutilé qui nous fuyait maintenant et qui, sans paraître doué d'une grande rapidité de déplacement, plongeait de quelques brasses et-passait d'un bord à l'autre du navire dès que nous parvenions à l'approcher.

La partie de la queue que nous avions à bord pesait 14 kilogrammes. C'est une substance molle répandant une forte odeur de musc. La partie qui correspond à l'épine dorsale commençait à acquérir une sorte de dureté relative. Elle se rompait facilement et offrait une cassure d'un blanc d'albâtre. L'animal entier, d'après mon appréciation, devait peser de deux à trois tonneaux, près de six mille livres. Il soufflait bruyamment; mais je n'ai pas remarqué qu'il lançât cette substance noirâtre au moyen de laquelle les petits encornets que l'on rencontre à Terre-Neuve troublent la transparence de l'eau pour échapper à leurs ennemis.

Des matelots m'ont raconté qu'ils avaient vu, dans le sud du cap de Bonne-Espérance, des poulpes pareils à celui-ci, quoique de taille un peu moindre. Ils prétendent que c'est un ennemi acharné de la baleine. Et de fait, pourquoi cet être qui semble une grossière ébauche ne pourrait-il atteindre des proportions gigantesques? Ni os, ni carapace, rien n'arrête sa croissance, et l'on ne voit pas a priori de bornes à son développement.

(page 21)

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DSCN2633Passons sur les autres escales, Ténériffe, Cap-Vert, Sant-Vincent. Le 23 décembre, l'approche des Guyanes est attestée par une certaine perturbation des eaux de la mer: perte de l'amertume, nuance sombre puis jaunâtre qui signale le voisinage des rivières.

La Guyane s'annonçait par le Rocher du Grand Connétable [lien] qui était - et est toujours -  une des plus grandes concentrations d'oiseaux de mer connues dans le monde, dont l'accès, certes difficile, vaut largement le détour.

Enfin, l'Alecton longea les îles Rémire (dont l'îlet la Mère) avant de mouiller aux îles du Salut, près du Cérès qui venait d'amener un convoi de 500 transportés (la rade de Cayenne est envasée de manière cyclique, ce qui rend la plupart du temps l'accostage impossible).

connétableLe Rocher du Grand Connétable

Bouyer signale de manière assez neutre ce qu'était le bagne colonial: une manière pour la France de se débarrasser de sa lie, de l'écume de ses prisons, mais aussi de "tous ceux qui sont un sujet de gêne ou de crainte, une menace pour l'avenir ou une difficulté pour le présent". Par cette formule il visait évidemment les déportés politiques.

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Bouyer découvre les îles du Salut

GF 67

31-03-2013 20;06;49Après un long récit de la désastreuse expédition de Kourou, quand les îles constituèrent un refuge très relatif pour les malheureux survivants, il signale qu'elles redevinrent désertes un certain temps, frappées du préjugé amérindien qui en faisait le refuge du Diable.

Puis on y établit une léproserie, la colonie étant frappée de cette terrible maladie incurable à l'époque, et dont on exagérait le mode de contagion. Cette léproserie fut ensuite transférée à Mana après d'innombrables réclamations de la population qui entendait pouvoir faire parvenir des subsides aux internés de leurs familles.

Lorsque démarra la transportation, ces îlets parurent merveilleusement disposés pour accueillir un grand établissement pénitientiaire. Initialement, ce fut le dépôt central qui reçut les évacués des bagnes de Toulon et de Rochefort, dont la plupart étaient ensuite affectés à des camps sur le continent, les déportés politiques demeurant pour la plupart sur l'île du Diable, où ils occupèrent les anciennes cases des lépreux, sommairement remises en état (leur condition les dispensait de travail forcé). 

C'est là que Bouyer fait preuve d'humour noir... Candeur? Cynisme? Aveuglement, parce qu'on n'a voulu lui montrer qu'un aspect de la condition des transportés ? La page ci-dessous laisse pantois.

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Les transportés, c'est le nom officiel substitué à celui de forçats et par lequel ils sont tous désignés; les transportés travaillent aux routes, aux constructions de l'île, au déchargement des navires, aux ateliers de confection où l'on fait sabots, chapeaux, effets, meubles pour le service général. Ils sont employés aux forges, à la menuiserie, à la fonderie, et acquièrent des grades dans le travail avec une rémunération qui varie de cinq à dix centimes par jour.

De plus, ils ont leurs heures de liberté pendant lesquelles ils travaillent à leur propre compte.

On a même trouvé parmi les transportés les éléments d'un corps musical. S'il est vrai que l'harmonie adoucisse les mœurs, elle a ici une rude besogne à remplir, et l'on frémit devant la composition de cet orchestre dont chaque instrumentiste est assassin, incendiaire, faussaire ou voleur, ce qui ne l'empêche pas d'exécuter sur la flûte ou sur le piston les modulations les plus suaves, tout comme si la conscience était pure de tout forfait.

L'uniforme des transportés se compose d'une chemise et d'un pantalon de toile grise et d'un chapeau de paille. Le peloton de correction seul porte la chaîne et le costume traditionnel rouge et jaune. Il se recrute dans les hommes incorrigibles, les évadés, les paresseux; il est chargé des travaux les plus pénibles, des plus dures cor­vées. C'est une punition plus ou moins longue qui, avec le cachot et les coups de corde, forme le système répressif au moyen duquel on cherche à assouplir les natures rebelles.

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DSCN2596 (Copier)Frédéric Bouyer fait donc de la description de la vie de bagnard un portrait idyllique qui correspond tout à fait à l'esprit de la loi de 1854, surtout quand on le compare à la condition ouvrière de l'époque. En effet, contrairement au prolétaire de l'époque, le bagnard serait assuré de manger, d'être soigné, il disposerait d'un pécule qu'il pourrait arrondir sur son temps de loisirs, distractions d'ailleurs parfaitement organisés puisqu'on pratique même la musique au bagne!  Il semble à le lire que les punitions ne sont données qu'à contre-coeur aux incorrigibles. On comprend mal, dans ces conditions, pourquoi le taux de mortalité frappant une population d'hommes en général dans la force de l'âge atteignait couramment 30% par an, 60% dans les camps les plus malsains... Les épargnés étant ceux qui demeuraient sur les îles, c'est à dire en général les éléments les plus dangereux, qu'on ne souhaitait pas mettre au contact de la population!

Sans le vouloir, l'auteur indique un des pires travers de l'administration pénitentiaire: dès le début, elle commença à fonctionner "par elle même" et "pour elle même", les éléments les plus qualifiés étant affectés à son service exclusif : les plus belles réalisations du bagne de Guyane (les seules, d'ailleurs, si on excepte l'adduction d'eau de Cayenne) sont des constructions pénitentiaires et l'île Royale est couverte d'édifices magnifiques, preuve de l'incontestable savoir faire de détenus qui y travaillèrent (chapelle, hôpital, cases et mess des gardiens, etc.) [Voir l'album: "la visite de l'Île Royale" - lien)]

DSCN2597 (Copier)L'église de l'île Royale. Plus tard, un magnifique presbytère sera bâti à ses côtés

 01-04-2013 13;11;27 (751x1024)Nous terminerons par cette précieuse information fournie par l'auteur : le recensement de la population de Guyane, en 1862 (en intégrant le fait que la ruée vers l'or ayant commencé, il est probable que des centaines d'orpailleurs partis dans la jungle n'ont pas été comptabilisés)

recensement 1862

caserne cayennePlus de 2.500 forçats stationnaient en Guyane, envoyés officiellement pour contribuer au relèvement de la colonie. Or il n'y en avait que 365 qui séjournaient en dehors des pénitenciers, à son service, dans des corvées d'entretien ou sur des chantiers de construction. Si on ajoute à cela le fait que les effectifs de militaires furent toujours surdimensionnés dans la crainte d'une révolte de forçats, on mesure le gâchis...

De tout temps, les Gouverneurs bataillèrent avec le directeur de l'administration pénitentiaire, le plus souvent sans résultat. D'une part, le budget de la colonie était très inférieur à celui du bagne et dans toutes les rivalités entre administrations, c'est la puissance payante qui domine, d'autre part les Gouverneurs séjournaient en moyenne un an sur place (et il y avait des vacances de poste à chaque relève) quand le directeur de la "Tentiaire" régnait sur son petit Empire pour un séjour de deux à cinq ans. 

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28 mars 2013

Les catégories de bagnards : déportés, transportés, relégués.

Dès la fin du XVIIIème siècle, la Guyane fut une terre de déportation où on expédia les ennemis du Directoire (on citera Collot d'Herbois, Pichegru, Barbé Marbois, de même que quelques centaines de prêtres réfractaires.

revolutionnairesCollot d'Herbois , Barbé-Marbois , Pichegru [liens]

Les "politiques" furent en majorité assignés au camp de Sinnamary.

vue-du-camp-de-sinnamaryQuant aux prêtres réfractaires, ils furent envoyés dans  la très malsaine plaine de la Counamama (entre Sinnamary et Iracoubo) où la mortalité fut vite effrayante en raison de l'insalubrité des lieux.

counamamaLa "Konamama" (de nos jours: Counamama)

Sous le Second Empire, outre les déportés politiques qui, pour la plupart, séjournèrent à l'île du Diable (on citera Delescluze, (lien) qui deviendra un des principaux responsables de la Commune), il y eut les transportés, des condamnés aux travaux forcés pour une durée de cinq ans minimum par les Cours d'Assises, astreints de plus au doublage : à leur libération, ils devaient passer dans la colonie un temps au moins équivalent à celui de leur peine ; si celle-ci était égale ou supérieure à huit ans, l'assignation à résidence en Guyane était définitive.

CASES DEPORTESÎle du Diable : cases de déportés

A ces deux catégories de bagnards, la IIIème République ajouta les relégués. La relégation était une peine accessoire infligée aux délinquants multi-récidivistes, en théorie dès la quatrième condamnation à une peine supérieure à trois mois de prison** (en pratique, elle était rarement prononcée avant une multitude de petits délits).

** D'où ces condamnations à trois mois et un jour de prison, pour que la peine soit comptabilisée en vue d'une future relégation.

pied de bicheUn relégué ("pied-de-biche"), catégorie unanimement méprisée tant des gardiens que des transportés.

 

Charles_Benjamin_Ullmo_1908Degradation_alfred_dreyfusLes déportés de la IIIème République étaient pour la plupart des condamnés à tort (Dreyfus) ou à raison (Ullmo) pour haute trahison ou espionnage pendant la Grande Guerre.

Dispensés de travail, ils pouvaient recevoir des effets personnels émanant de leur famille, et obtinrent, pour certains, le droit de résider à Cayenne en fin de peine.

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