01 juin 2013

Les conditions climatiques et sanitaires.

 

 

evasions romancees (2)Même au XXIe siècle, la lecture des forums de voyage laisse le connaisseur de la Guyane quelque peu ahuri devant toutes les peurs que ce pays suscite, bien à tort. On les sent prêts à dormir au quotidien avec des mygales, sous des nuées de mmoustiques si d'aventures ils ne seront pas dévorés par des fourmis ou attaqués en pleine ville par des caïmans ou des anacondas... Quand au climat, il fut décrit des décennies durant comme profondément malsain, qui fait de la Guyane le tombeau des Français.

Le climat tout d'abord. Effectivement, nous sommes en zone équatoriale donc il fait chaud... Dans des limites raisonnables. De jour il fait très rarement moins de 21°, et très occasionnellement plus de 32°. La nuit, la température descend en général à 20° avec un ressenti de 18° en forêt, en raison de la condensation sous la canopée. Comme en outre les alizés soufflent quasiment en permanence, à condition de ne pas faire un exercice trop violent, la température est des plus supportables: on eut mis le bagne à Tataouine ou dans le sud algérien, que les conditions climatiques eussent été autrement infernales. Certes, tirer des stères de bois sous le cagnard, cela n'avait rien d'agréable, mais le travail du mineur, celui de l'ouvrier fondeur, n'étaient pas non plus des sinécures et paradoxalement, la tenue légère des forçats qui, sur certains chantiers, travaillaient parfois même entièrement nus (ce qui ne gênait aucunement les gardiens, le risque d'évasion étant notoirement diminué) les avantageait par rapport à celles de leurs surveillants qui, victimes des préjugés de l'époque, accumulaient les couches de vêtements qui les faisaient littéralement bouillir (on notera la double ou triple épaisseur de flanelle requise!)

casque_paindesucrePour eux, le port du casque colonial était obligatoire du lever au coucher du soleil (sous peine de sanction sévère) - après, le surveillant pouvait utiliser son képi quand le forçat était libre d'utiliser - ou non -  son chapeau de paille tressée peut être moins esthétique, mais plus agréable sous ce climat (il devait néanmoins se découvrir avant de s'adresser à un "chef")

matoutouQuant aux insectes et autres bêtes supposées malfaisantes, on a toujours eu tendance à surestimer leur impact, encore que l'absence de soins de blessures a priori minimes pouvait entraîner des complications sérieuses. Albert Londres souleva un problème épineux: celui des pieds des forçats, en général dans un état lamentable. L'explication était simple: la dotation en souliers était des plus insuffisantes, ce qui imposait de porter des sabots la plupart du temps... sabots avec lesquels il était à peu près impossible d'effectuer des tâches courantes ou même de marcher à un train soutenu.

De ce fait le forçat vaquait le plus souvent pieds nus à ses occupations, et accumulait ainsi les blessures surinfectées et les invasions par des chiques ou des vers macaques, sorte de parasites qui s'incrustent sous la peau. C'est aussi par la voie intradermique que les forçats qui travaillaient au contact des animaux contractaient des ankylostomes (vers qui se logent dans l'appareil digestif). Or si l'ankilostomiase encore relativement fréquente en Guyane se traite facilement et à peu de frais de nos jours, il n'en était pas de même avant 1930 et nombre de bagnards sombraient dans une forme d'anémie qui les maintenait dans un état d'épuisement chronique. De même, les piqures de moustiques ou de fourmis, grattées et infectées, se transformaient fréquemment en ulcères - d'autant plus que par une rare inconscience certains forçats aggravaient ces lésions pour gagner quelques jours de repos: mais s'ils atteignaient le stade de la septicémie, il n'y avait que peu de sulfamides et pas encore d'antibiotiques pour les guérir...

On est également atterré par l'absence de prise en compte des spécificités locales pour ce qui concerne les habitudes hygiéniques et alimentaires. Hygiéniques tout d'abord. L'homme blanc et a fortiori le bagnard s'est vite et à juste titre fait octroyer une réputation de saleté chronique. Quand les petits Amérindiens, quand les Négrillons ne manquaient pas une opportunité de se baigner (il y a toujours une crique (petite rivière) aux alentours, quand leurs parents faisaient de même avec toutefois plus de discrétion, les "pensionnaires" de Saint-Laurent du Maroni se contentaient d'un vague débarbouillage et changeaient de tenue une fois par semaine, portant ainsi une livrée pleine de sueur et de crasse (exception faite des garçons de famille qui ne devaient pas déshonorer la maison qu'ils servaient): quant à leurs surveillants, si la livrée extérieure devait être correcte, l'absence d'eau courante dans un grand nombre de leurs logements en disait long sur leur hygiène corporelle. Au moins aux îles, tant à Royale qu'à Saint-Joseph, des "piscines" permettaient à qui le désirait de se rincer abondamment (les forçats étaient friands de ces bains; jamais ou presque jamais les surveillants et leurs familles ne les utilisaient)

S'il n'y a pas tant d'insectes qu'on ne le dit en Guyane (sauf en de rares endroits et à de rares moments: l'heure de "la Volée", du crépuscule, à Iracoubo ou à la Pointe Macouria, par exemple, est toujours un supplice pour chacun) ils ne manquent pas et savent fort bien profiter des opportunités qu'on leur offre. Les belles demeures créoles en étaient à peu près dépourvues, car le courant d'air naturel qui les traversait les empêchait de s'y incruster.

40205156En outre, chaque lit était couvert d'une moustiquaire soigneusement battue en début de nuit et on y faisait le ménage de façon très attentive pour éviter d'attirer trop de ravets, ces énormes cafards particulièrement répugnants qui sévissent sous ces latitudes. Rien de commun avec les cases collectives des forçats qui s'y entassaient par dizaines, n'y faisant le ménage (quand ils le faisaient) que le dimanche, et par la force des choses y laissant traîner toutes sortes de débris de nourriture, surtout quand on ajoute le fait que pour des raisons de sécurité propres à tout local pénitentiaire, les très rares fenêtres de petite taille, obturées par d'épais volets, empêchaient toute autre circulation d'air que celle du "tirage" de bas (le logement des tinettes) au haut (la fenêtre du pignon opposé!). Quiconque a vécu sous les tropiques sait que dès qu'on met les pieds dans une zone non ventilée, les agressions par des insectes sont plus nombreuses.

IMG_0146S'imaginer une cinquantaine d'hommes qui passeront de 10 à 14h enfermés là, pour manger, dormir, se distraire, sous un climat tropical...

Il en allait évidemment de même des cellules et cachots des quartiers de punis, les pires étant ceux de la réclusion de Saint-Joseph, car les immenses toitures en tôle sur l'ensemble des "cages" créaient une condensation telle que même les gardiens protestaient et réclamaient des aménagements de service - et ils étaient en hauteur, dans une partie relativement aérée!  On comprend aisément que la moindre plaie mettra un temps infini à se cicatriser dans ces conditions, que les mycoses se développeront sans aucune entrave et que l'état général du forçat qui n'a ni la volonté ni les connaissances nécessaires pour préserver une hygiène élémentaire ne fera qu'empirer.

tanon[ci contre: la maison Tanon] Il y avait d'autres aberrations. Une nourriture tout juste suffisante "en théorie" (mais nous avons vu à quel point la "débrouille", à tous les niveaux, réduisait la part dévolue au forçat "de base" sur le plan quantitatif, mais nettement déséquilibrée. Les cas de scorbut ou de béri-béri étaient légion, de même que les intoxications dues à des conserves de mauvaise qualité ou à de la viande avariée: il fallut attendre 1931 pour qu'un sous-directeur avisé organise une corvée quotidienne de pêche aux Îles du Salut, qui suffit - et bien au delà ! - à remplacer des salaisons de porc ou de morue importées à grand frais - mais l'influence considérable des grandes maisons de commerce comme Tanon (ci-contre) qui tenaient la place, pouvant "faire sauter" un Gouverneur ou un directeur de l'Administration pénitentiaire, et qui fournissaient les bagnes pour des sommes considérables y était sans doute pour quelque chose. A noter le grand étonnement de ce sous-directeur doté d'imagination qui s'extasia devant le fait qu'au lieu de se révolter, les forçats apprécièrent considérablement ce changement dans leur alimentation (ils allèrent jusqu'à aimer les bananes qu'on leur servit en complément du pain, un jour où la farine était par trop charançonnée).

Une des raisons principales de la mauvaise santé des "pensionnaires" et du personnel de l'AP était... l'alcoolisme alors que si la ration quotidienne de rhum attribuée aux surveillants était colossale (2l par jour - mais il est juste de signaler qu'une grande part d'entre eux revendaient la plus grande partie de ce pactole), elle était minime pour ce qui concerne les forçats (quelques décilitres). Seulement, les habitudes avaient la vie dure... surtout quand elles rapportaient gros à l'AP!

quinineOn ne fera pas abstraction de la fièvre jaune dans les premières décennies, et ensuite tout le temps du bagne et au delà (il y a une forte recrudescence au XXIe siècle) des "fièvres" (paludisme, dengue) du fait de la mauvaise connaissance de la transmission par les moustiques. En outre quand on découvrit le traitement par la quinine et qu'on envisagea d'en donner aux forçats à titre préventif, la plupart de ces derniers laissaient couler à terre devant des surveillants indifférents la ration journalière, persuadés qu'ils étaient qu'on voulait ainsi "attenter à leur virilité".

Outre des épidémies sporadiques de choléra, on déplorait des cas considérables de dysenterie qu'on ne soignait guère qu'avec du lait condensé, dont les boîtes étaient en nombre si réduit qu'elles servaient davantage de récompense que de traitement. Il n'empêche... Dreyfus, sur son île qui n'était pas, - et de loin! - l'endroit le plus insalubre du bagne s'il devait être un des plus pénibles du fait de l'isolement atroce dans lequel il fut maintenu, ne guérit de ses épisodes dysentériques que lorsque le médecin lui en attribua un lot... périmé.

medecin-bagne-3-copierLe médecin chef Rousseau - comme d'autres - s'est insurgé contre une pratique déplorable dont les méfaits étaient pourtant largement connus: l'incapacité (ou le refus) de donner aux forçats de l'eau sinon potable (l'immense majorité de la population civile n'en disposait pas non plus), du moins relativement propre. Dans les cases collectives, on mettait un baquet de bois rempli d'eau tirée d'un puits ou d'une citerne (aux Îles, l'eau a toujours fait défaut; on récupérait les eaux pluviales, les puits ne donnant de façon parcimonieuse qu'une eau saumâtre; à Saint-Laurent les ressources n'étaient guère meilleures: six mois de l'année, l'eau des puits était saumâtre).

Ce baquet contenait l'eau "pour boire" mais aussi pour se débarbouiller, se raser et se nettoyer après avoir déféqué: le forçat puisait dans le réservoir commun avec sa boîte personnelle... On imagine, au bout de quelques heures, la qualité de l'eau et on ne s'étonnera pas du nombre élevé de dysenteries et de parasitoses intestinales. Pire: pour les cellules et les cachots, les baquets de déjection et ceux qui contenaient l'eau nécessaire à la boisson et à la toilette étaient les mêmes, simplement vaguement rincés avant d'être réutilisés à telle ou telle fonction! On ajoutera que la présence de baquets non couverts étaient une source de gites larvaires propice à la prolifération des moustiques, véritable torture, dans ces conditions, qui empêchait le sommeil et qui en outre propageaient dengue et paludisme.

FLAG11Cachot. L'enferrement fut supprimé au début du XXe siècle. (tableau de F Lagrange)

FLAG4Ce qui soulevait le plus l'horreur, c'était la lèpre contre laquelle il n'existait aucun traitement (lien). Mais si la condition des malheureux qui la contractèrent fut épouvantable (isolement total d'abord sur l'île du Diable, ensuite sur un îlot du Maroni) elle ne toucha, pendant presque un siècle d'existence "que" quelques centaines de bagnards. En revanche dans les chantiers forestiers on attrapait très souvent le redoutable pian-bois (leishmaniose) contre lequel il n'y avait pas non plus de traitement.

Cela fut un drame lorsqu'au moment du rapatriement, en 1946 et dans les années suivantes, des libérés durent rester en Guyane, à la léproserie de l'Acarouany que le Préfet Vignon fit aménager pour que les conditions d'existence des malades fussent moins indignes. Très longtemps, il fallut fournir un certificat de non contagiosité de la maladie de Hansen (lèpre) pour avoir le droit de quitter la Guyane et en 1984, des dépistages systématiques avaient encore cours dans les écoles.

Hôpital_de_Saint-Laurent-de-MaroniL'hôpital de Saint-Laurent du Maroni était un bâtiment splendide, dont trois bâtiments étaient réservées aux forçats. En revanche, le Nouveau Camp décrit entre autres par Albert Londres était un infâme mouroir réservé aux impotents et incurables, privés à peu près de tout.

Nouveau campCet hôpital et les vestiges de l'hôpital colonial de Cayenne comme de nombreux éléments du patrimoine guyanais a été laissé dans un scandaleux état d'abandon, qui les amenèrent à un état de décrépitude avancée. Il faut désormais, maintenant que le temps a fait son oeuvre, tenter de réparer les dégâts. Argent perdu, mais pas pour tout le monde!

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IMG_0192Hôpital de Saint Laurent du Maroni, de nos jours (photos personnelles)

 

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hopital colonialHôpital colonial de Cayenne (Jean Martial)

 

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Aux îles, l'hôpital, une très belle construction en pierre rouge ("roche à ravet") était plutôt réservée au personnel de l'AP venus du continent (le climat, plus salubre, permettait une meilleure convalescence), mais on y opéra également des transportés. A Cayenne, un bâtiment du grand hôpital Jean Martial était également réservée aux forçats.

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Les médecins ont laissé un souvenir contrasté. Certains, tel le médecin chef Rousseau qui officiait aux Îles, voyaient l'Homme dans le forçat et accomplissaient leur tâche avec rigueur, se battant pour que les peines disciplinaires évidemment nécessaires face à un tel public parfois peuplé d'Incorrigibles à forte dangerosité n'attentent pas à la santé. On lui doit entre autres le quart réclusionnaire (un condamné à la réclusion cellulaire et dont la conduite n'appelait pas d'observation majeure n'effectuait que le quart de sa peine avant d'en être relevé conditionnellement), la suppression des cachots entièrement noirs. Mais si le Médecin chef Rousseau obtint ces aménagements décisifs, c'est sans doute aussi parce que ne sombrant pas dans la démagogie, il refusait toute complaisance vis à vis des forçats simulateurs... complaisances qui, semble-t-il, survinrent parfois et provoquèrent des dysfonctionnement sérieux. Rousseau mettait le commandant des îles en rage quand il faisait réformer des centaines de kilos de farine qu'il jugeait impropre à la consommation, et il fit sensation un jour que découvrant une soupe destinée à ses malades vraiment trop claire et dépourvue de viande (les différents détournements avaient sévi), il prit son fusil, alla dans le quartier des surveillants pour tirer une vingtaine de leurs poules, qu'il remit aux cuisines de son hôpital.

IR entrée hopitalLa plupart des médecins étaient considérés comme des chics types (témignages recueillis personnellement: Mr Badin, Mr Martinet, F.T, R.V) par les détenus (et donc parfois peu appréciés par le personnel quand ils s'opposaient à l'application d'une sanction jugée dangereuse pour la santé du puni, ou qu'ils imposaient un classement "aux travaux légers" qui, il faut bien le dire, ne s'imposait pas toujours).

D'autres (cela me fut confirmés par deux gardiens en retraite et trois anciens transportés) faisaient preuve d'une indifférence scandaleuse, refusant de traiter un homme s'il n'était pas à l'article de la mort: cas, en 1939, au moment où pourtant le bagne s'humanisait, d'une gangrène avérée à la jambe droite et d'un refus d'hospitalisation. Le transporté, amputé trop tardivement, mourut dans des souffrances épouvantables (mêmes témoignages: mais les temps avaient changé et le médecin fut révoqué). On notera également le dévouement d'un grand nombre d'infirmiers (eux mêmes détenus) dont un des meilleurs fut sans aucun doute Manda (le Manda de Casque d'Or) qui passait des nits blanches au chevet d'hommes malades pour qu'ils ne meurent pas dans la solitude, qu'aucune tâche sanitaire ne rebutait quand d'autres, au nom de la sacro sainte "débrouille" se livraient à un trafic sordide, détournant remèdes, lait condensé, aliments de complément, pansements, teinture d'iode, sulfamides, quinine etc. qu'ils revendaient en ville au détriment des malades et des blessés.

Un aspect pernicieux du règlement disciplinaire était à l'origine de maintes aggravations d'une blessure ou d'une maladie: se faire "porter" (malade) pour une visite et ne pas être "reconnu" exposait à des sanctions disciplinaires (prison pour une durée allant de quelques jours à un mois). D'où des plaies surinfectées qu'on aurait pu guérir facilement deux jours avant, d'où des états de déshydratation avancée causées par des dysenteries qui doivent être soignées à l'instant. Il y avait aussi le cas de ces innombrables petits camps sans présence médicale où c'était un surveillant sans compétence sanitare qui décidait (ou non) de faire évacuer tel ou tel forçat...

Mr Martinet, surveillant à la retraite (témoignage que j'ai recueilli), a tenu à nuancer ce tableau plutôt sombre en rappelant le contexte: certes le forçat ne bénéficiait pas de conditions médicales enviables si on le comparait au militaire en temps de paix (il ne faisait pas de doute que les surveillants de l'AP et les soldats de l'infanterie coloniale présentes en Guyane étaient mieux traités). Mais selon lui, les civils de la colonie tout comme nombre d'habitants en France étaient finalement moins bien lotis "globalement". Tout dépendait, finalement, de la "grande loterie" (truquée) des affectations. Rien de commun entre le casseur de cailloux, celui qui "faisait le stère" au quotidien dans des chantiers forestiers glauques, le balayeur de rues, le garçon de famille, voire l'employé au télégraphe.

Selon lui - et les statistiques corroborent ce point de vue, il fallait absolument survivre les premières années, voire les premiers mois: c'était au début, entre le désespoir lié à l'arrivée, les placements en troisième classe, la plus dure que beaucoup, se laissant aller, décédaient rapidement. Passée cette étape, si on savait se ménager en évitant de boire (ce qui était interdit mais courant), en n'étant pas trop souvent puni, en gardant coûte que coûte la moins mauvaise hygiène de vie possible -, l'adaptation permettait de vivre au moins aussi longtemps au bagne qu'un ouvrier dans son usine et bien davantage qu'un mineur de fond.  Mr Martinet était révolté par le fait que les pires des crapules, celles qui auraient mérité, selon lui, les "vrais" travaux forcés, étaient envoyés par souci de sécurité (éviter les évasions et les problèmes avec les civils) aux Îles du salut qui, selon lui, n'étaient qu'une vaste colonie de vacances. Selon lui, tout détenu promis à ce placement aurait du demeurer en France dans une maison centrale - perspective qui, d'ailleurs l'aurait autrement effrayé que de partir au bagne.

mohamed ben aliLe "contre exemple": Mohamed Ben Ali, 71 ans dont 47 de bagne...

evasions romancees (2)Tordons le cou une fois pour toutes à une idée reçue : les serpents venimeux, les fauves et les caïmans ne constituaient pas, ne constituent toujours pas, un risque significatif en Guyane. Cela dit, les surveillants ne faisaient rien pour démentir les rumeurs, qui concouraient à limiter le risque d'évasions.

evasions romancees

FLAG15Et si autour des îles la menace des requins était réelle même si qu'exagérée, cela était dû pour l'essentiel à l'abattoir: on égorgeait deux ou trois animaux chaque jour, dont le sang et les entrailles étaient balancés en mer. La fable de la cloche qui attirait "les requins affamés" quand on immergeait le cadavre d'un bagnard décédé doit être prise pour ce qu'elle est: une légende (il n'en mourait de toute manière qu'occasionnellement, pas suffisamment pour déclencher des réflexes conditionnés). A un tel point que - détail macabre qui me fut confirmé par Mr Martinet - on trouvait parfois des morceaux décomposés de ces cadavres sur les rives, dédaignés par les squales. Ces derniers pouvaient néanmoins se montrer dangereux pour un baigneur imprudent et sorti de la "piscine des forçats".

boulayLe transporté Boulay, canotier des îles (un poste très recherché) fut ainsi quasiment amputé, défiguré et émasculé par un de ces requins.

Dieudonné attribue cet "accident" au fait qu'il est resté immobile au lieu de battre frénétiquement des membres - ce qui va à l'encontre des prescriptions actuelles.

Le cas du Transporté Boulay, condamné à vie pour l'assassinat d'un codétenu fut néanmoins jugé "intéressant" par les médecins: qui lui sauvèrent la vie et entreprirent de très nombeuses opérations spectaculaires de "reconstruction" (dans les années vingt!) ; il est douteux qu'un civil ait bénéficié d'une telle attention à cette époque, sans généreux mécène. Néanmoins, chaque jour, Boulay écrivait une lettre de réclamation à l'AP. qui le nomma ensuite gardien du presbytère.

 

Posté par borghesio à 19:30 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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