21 août 2013

"Impressions Guyanaises" - Magazine "à travers le Monde", 1910 (fin)

expansion coloniale

(première partie, lien)

L'Ile Royale possède sur son plateau une terrasse d'où l'on peut surveiller tout l'horizon, puis, au point culminant, un sémaphore à disques qui permet, lorsque le temps est clair, de communiquer avec Kourou, qui est lui-même relié télégraphiquement à Cayenne. Un vieux forçat, ancien notaire, remplit sur la terrasse et au sémaphore le rôle de guetteur. Armé d'une longue lunette, il passe ses journées à explorer le large. Aucune goélette se détachant du rivage ne lui échappe. C'est un type, ce vieux bagnard, que l'on rencontre toujours, depuis plus de dix ans sur le plateau, portant sur le dos sa longue lunette en bandoulière à l'aide d'une simple ficelle. C'est qu'alors il va "signaler", entrant successivement chez tous les fonctionnaires de quelque importance, pour leur annoncer d'un ton comique, "Une goélette venant de Cayenne se dirige sur les Iles. Le gouverneur est à bord." Le sommet de l'Ile Royale est occupé par les services hospitaliers, les habitations des fonctionnaires (directeurs, médecins, surveillants) et la chapelle.

image280En un point, qu'on appelle "l'Est" on aperçoit un grand bâtiment, l'asile des aliénés et des vieillards, puis à côté, une petite maisonnette, la maison du bourreau. Derrière les hôpitaux, sur le versant qui regarde "le Diable", se trouvent le camp des transportés et le quartier cellulaire. Nous n'insisterons pas sur la description de ces longs bâtiments, dont l'intérieur rappelle assez celui d'une chambrée de caserne avec les deux bas flancs latéraux plaqués à la muraille. De Lourdes portes, grillées de fer et dûment cadenassées vers le soir, en sont toute la nouveauté. C'est là que sur la planche, les forçats dorment côte à côte. Ceux, qui après un long stage de bonne conduite, sont parvenus de la troisième dans la deuxième classe, sont exceptionnellement pourvus d'une couverture de laine. Deux fois par jour, à dix heures et à six heures, ils reçoivent leur ration : endaubage de boeuf ou lard salé, légumes secs et pain. Dans l'intervalle, ils se rendent à leurs travaux respectifs : ateliers, travaux de maçonnerie, jardinage, ou à leurs emplois : infirmiers, secrétaires ou domestiques.
Il y a en général un surveillant pour vingt hommes, plus ordinairement un pour trente et même un pour cinquante sur certains pénitenciers de l'intérieur. Malgré cette division du travail, le produit est nul ou à peu près. Cela tient à l'insuffisance et surtout à la veulerie des chefs et des surveillants. Le potager de l'Ile Royale produit à peine un panier de légumes par jour suivant la saison. Le ravitaillement en viande de boucherie se fait par le poste de Kourou ; l'on y consomme ainsi qu'en toute la Guyane ces petits boeufs efflanqués, qui viennent par mer du Venezuela.
On reste sans comprendre pourquoi nul ne prendra jamais, dans ce pays d'immenses savanes où les pâturages abondent six mois de l'année, l'initiative de faire un élevage de bétail, qui pourrait alimenter à la fois, et dans de bonnes conditions de rapport, et l'administration pénitentiaire et la colonie. Mais il y a si peu à attendre de la population créole, dont le fond du tempérament est la paresse, comme le fond du caractère la vanité!
Ces longues constructions sans étages où logent les forçats limitent une grande cour carrée. Hâves, patibulaires, efflanqués quelques-uns, parmi lesquels on nous montre le fameux Soleilland, travaillent à la construction d'un puits, commencé depuis plus de six mois.
Certains paraissent malades. Ils se plaignent de manger peu et mal ; ils nous reviennent cher cependant. N'était le climat qui, aux îles, est assez clément, on y verrait la tuberculose et la scrofule augmenter parmi eux leurs ravages, déjà cependant considérables.
Alors le forçat, ainsi mal nourri, " chaparde ", l'employé aux dépens de son maître, l'infirmier (chose monstrueuse!) aux dépens des malades; les autres volent leurs voisins ou font de la "camelote". Cameloter, c'est faire, en terme de marine marchande, du petit commerce. C'est, pour le transporté, vendre aux fonctionnaires -qui résident ou qui passent aux îles, le produit de son travail et de son imagination.
Descendons au quai par le sentier en lacets qui, pittoresque, s'enfonce dans la verdure. Sur le bord de la rade, le long du quai, sont les ateliers où travaillent une cinquantaine de condamnés, puis une maison à arcades servant au premier d'habitation aux surveillants du quai, au rez-de-chaussée de local aux canotiers du port. Les canotiers surtout sont passés maîtres dans l'art du camelotage et nul .ne peut être mieux placé qu'eux pour écouler la marchandise.., cachée. Les canots sont en effet, en rapports fréquents avec les goélettes qui viennent mouiller en rade ou les navires... quand il en passe.
Deux fois dans l'année seulement et c'est un événement aux Iles - le transport la Loire venant directement du dépôt de Saint-Martin de Ré, apporte un contingent de six ou huit cents nouveaux condamnés. Alors l'ancien forçat astucieux vous montre "sous le manteau" : des guillotines minuscules, construites en bois d'essence rare et sur le modèle exact de la Veuve, des poignards gainés de cuivre ouvragé qui sortent directement des ateliers de l'Administration, des écailles de tortue de mer soigneusement vernies, des mâchoires de requins portant l'inscription au couteau. "le tombeau du forçat", des noix de coco sculptées et coloriées représentant par exemple la vue générale des îles, des coffrets ou des étuis à cigarettes en bois précieux, des cannes faites de rondelles d'écaille juxtaposées ou de vertèbres de requin enfilées sur une tige rigide, etc., etc., et la pièce d'argent ou d'or reçue, va s'ajouter à la série de celles déjà mises à l'abri.
Lorsqu'on visite les Iles du Salut, une excursion à File du Diable s'impose. Très aimablement, le commandant des Iles, qui réside à l'île Royale, mit à notre disposition une baleinière pour nous rendre au Diable. En moins d'une demi-heure, par le goulet qui sépare Royale de l'Ile Saint-Joseph et qui, fouetté constamment par les vents du nord-est, n'est pas toujours praticable, nous arrivons à l'ancienne île de Dreyfus. Nous accostons au point où aboutit le câble qui relie le Diable à Royale. et sur lequel circulait deux fois par jour, au temps de Dreyfus, le chariot apportant des vivres. La jetée primitive de planches et de granit suffit à peine à nous abriter.
A vingt mètres du débarcadère et du rivage, nous passons devant l'ancienne case affectée au capitaine Dreyfus. Elle sert actuellement de logis aux quelques rares condamnés laissés dans file à la disposition de deux gardiens, pour les corvées. Ces quelques privilégiés passent leurs journées à pêcher la tortue de mer, quelquefois la langouste sur les rochers de l'île et à sculpter des noix de coco. Un feu de bois grésille dans un coin, sous la marmite qui chauffe leur repas. Il faudrait l'administration complice pour qu'une évasion de l'Ile du Diable réussît. Et la mer qui tout l'an déferle avec rage sur les rochers, et les requins eux-mêmes qui infestent ces parages: ne sont-ils pas la meilleure garantie contre toute tentative d'évasion?
Le sentier qu'il faut prendre pour gagner l'autre. extrémité de l'île, longe la mer tout du long et s'enfonce délicieusement dans le bois, sous les hauts cocotiers. Nous y fûmes à l'heure où le soleil décline, seul et tristement assis "au banc de Dreyfus" dans le fracas assourdissant des lames sur les galets. C'est un petit banc historique, dressé sur la fin de l'exil de l'ex-condamné, lorsque, moins rigoureux, on avait permis au prisonnier de sortir de son enceinte de palissades pour descendre dans le sentier promenade. Le site à cet endroit est magnifique et le décor des cocotiers géants fichés sur des falaises rougeâtres est des plus séduisants.
L'île Saint-Joseph, où nous accostons pour rentrer à Royale, porte sur son sommet les deux immenses bâtiments, contenant les cellules des réclusionnaires. Dans le bas, le camp contient deux à trois cents forçats. C'est à Saint Joseph que débarquent les nouveaux contingents amenés par la Loire pour être répartis sur les différents pénitenciers, suivant les besoins et les demandes émanant des directeurs. On nous montre à Saint-Joseph la roche du Crime où furent fusillés en 1894 trois anarchistes révoltés, qui avaient assassiné deux gardiens et, réfugiés dans les rochers, avaient refusé de se rendre. Sur le versant qui regarde le Diable, s'étale le cimetière des fonctionnaires du groupe des îles. On y peut lire le nom des braves, surveillants ou médecins, qui payèrent de leur vie leur dévouement à l'administration pénitentiaire et à la patrie.

L. M.

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Là encore, on écrit sans savoir. Les immenses savanes qui font l'admiration de l'auteur sont totalement improductives contrairement aux llanos venezueliens, et des troupeaux de boeuf y mourraient très vite de faim - si d'autres ressources, ailleurs, seraient envisageables. L'auteur reconnaît l'état de dénutrition dont souffrent la plupart des bagnards - tout en s'étonnant qu'ils ne soient guère productifs, curieux paradoxe. Il signale à juste titre "qu'ils nous coûtent déjà cher" sans analyser les véritables causes de cette dépense. Quant aux braves surveillants qui payèrent de leur vie leur dévouement à la patrie, la vérité triviale et infiniment moins héroïque commande de dire que la plupart périrent par le foie, très âbimé par les innombrables punchs quotidiens.

"Mais il y a si peu à attendre de la population créole, dont le fond du tempérament est la paresse, comme le fond du caractère la vanité!"...

Il suffit de relire le passage précédent pour s'interroger: l'auteur y rendait un chaleureux hommage à ces hommes courageux qui s'enfonçaient dans la jungle, à la recherche de l'or et du balata, cela au mépris de tous les dangers. Aux approxiations relevées précédemment, on ajoutera les incohérences.

Suite (lien)

Source : François Collin

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13 août 2013

Souvenirs d'enfance d'une Saint-Laurentaise.

Interview: Flore Lithaw, mémoires d'une petite fille à l'époque du Bagne - (source : 973200.com, 2004)

Personnalité incontournable de notre ville [Saint-Laurent du Maroni], Madame Flore Lithaw a récemment [en 2004] été faite Chevalier de la Légion d'Honneur, médaille décernée par le Ministre délégué au Tourisme et Maire de St-Laurent du Maroni. Petite fille du temps où Saint-Laurent était surnommée "Le Petit Paris", elle nous fait partager les souvenirs émaillés d'anecdotes tantôt dures, tantôt drôles mais toujours teintés de la nostalgie qu'elle garde de cette époque marquée par le Bagne.

Madame LITHAW Flore
            Madame LITHAW Flore

Qui êtes-vous Mme Flore ?
Je suis née le 1er février 1936 à St Laurent du Maroni, d’un père hollandais et d’une mère guyanaise.
J’ai étudié chez les sœurs franciscaines missionnaires de Marie (l’actuel collège E. Tell Eboué).
J’ai travaillé ensuite à l’hôpital puis au commerce de M. Tanon André pendant 30 ans.
C’était une entreprise très importante qui avait un magasin d’alimentation dans chaque commune de Guyane.
Deux petites goélettes (la Mana et le Charles Lucas) desservaient le fleuve pour porter la marchandise.
Puis j’ai été remerciée et j’ai travaillé dans la restauration avec ma mère.
A l’époque, il n’y avait que trois restaurants qui servaient les gamelles : celui de Mme Linguet Philomène, ma mère, et ceux de Mme Léonie Gérand et de Mme Daniel.

Quelle a été votre enfance à St Laurent ?
Mon enfance a été très heureuse, même si nous n’avions pas le luxe des enfants d’aujourd’hui.
Les jouets étaient en balata et j’avais une poupée faite par un bagnard : c’était un bijou pour moi !
Il n’y avait pas tellement de distractions mais on allait au cinéma muet une fois par semaine, le dimanche. On se contentait de ce qu’on avait.
Et puis il y avait beaucoup de marche. C’est quand j’ai été admise au CAP, à 18 ans, que j’ai reçu ma première bicyclette !
J’ai fait beaucoup de sport en associations : basket, football, volley…
Mais je n’ai jamais joué au tennis… c’était un sport de classe…
J’habitais rue Thiers, à côté de l’actuel hôtel Star, et il y avait un court de tennis sur le terrain Tanon, et je regardais jouer les autres par un trou de la barrière !
Il y avait aussi la promenade à la place des fêtes, mais dans le square, l’heure de la promenade était limitée : après 20h, il fallait tirer sa révérence, et le porte-clefs du bagne fermait.

J’ai eu une enfance heureuse car on partageait, quelque soit la classe, il n’y avait pas de division, et tout le monde était sur un même pied d’égalité. A l’école laïque, l’uniforme effaçait les différences, il n’y avait pas de barrières comme aujourd’hui.

74410-109629Avant 1949, St Laurent était une commune sans maire élu, gérée par l’Administration Pénitentiaire. Quelle différence cela faisait-il ?

Saint Laurent était le  'Petit Paris'  du temps du bagne, car la main d’œuvre était gratuite.
Aujourd’hui, grâce au Quartier Officiel et aux bâtiments de l’Administration Pénitentiaire, on garde ce souvenir bâti de mains d’hommes.
St Laurent était toujours propre !
La corvée de quinze passait chaque jour.
C’était un cortège formé d’un surveillant corse et de 15 bagnards.
Le porte-clefs était arabe ; le dernier, Tayeb, est mort l’année dernière
Il y avait l’allée centrale, allée des amandiers, l’allée de l’hôpital, allée des manguiers, et l’allée du stade, c’était celle des bambous.

Le bagne n’était pourtant pas un cadeau…
Nous avons été marqués par le bagne, mais qu’est-ce que vous voulez, ce n’est pas nous qui l’avons choisi ! La France a décidé que ce serait en Guyane et nous avons assumé…
Au moment de la fermeture du bagne, je voulais raser le mur du camp, je ne pouvais plus le voir !
Cela nous avait marqué : quand on passait les examens à Cayenne, on nous appelait « les petites popotes de Saint Laurent » ; c’était la renommée, que voulez-vous !
Toute mon enfance est marquée par le bagne, ma jeunesse et même ma vieillesse.

La société saint Laurentaine vivait du bagne. Quels étaient vos rapports avec les bagnards ?
On doit beaucoup aux bagnards.
Je puis dire que parmi tous ces gens-là, beaucoup nous ont aidés à être ce que nous sommes aujourd’hui…
Mon père hollandais ne pouvait pas m’aider à l’école ; alors papa allait chercher un de ces messieurs au camp. Il m’aidait pour les leçons et les devoirs… c’était Migot…
Nous avons une reconnaissance pour ces gens-là, surtout à St Laurent.
Il y a beaucoup de familles qui descendent de bagnards, mais ils n’osent pas en parler…
On aura toujours des descendants de bagnards à St Laurent, car les bagnards libérés se mariaient avec des hollandaises et s’installaient ici.

74410-109631C’était une société castée. Chacun devait rester à sa place?

Je vais vous raconter une anecdote amusante. C’était pendant carnaval.

'Au petit coin de Paris' (là où a brûlé la maison de M. Palmier) était un casino de luxe tenu par Mme Grenadin.
M. Vidlo, percepteur du trésor, et sa femme ma marraine, m’avaient invitée au bal.
C’était le bal des notables et on y dansait déguisé et masqué.
Vers une heure du matin, on décida d’enlever les loups et on s’aperçut que les Richelieu, les Louis XV étaient des bagnards du camp ! Toutes ces dames de la bonne société avaient valsé avec eux…
On les amena au commissariat ( là où se situe Interprix aujourd’hui) et on les mit en prison dans les cellules pour la nuit. Le lendemain matin, on les vit en colonne, un à un, traverser toute la ville ; c’était une curiosité !
C’est un bon moment passé « Au petit coin de Paris », la surprise de ces dames !

La mort était-elle très présente dans la ville ?
On n’assistait pas aux exécutions, mais on pouvait entendre le tambour et la guillotine. (1)
C’est  'Mouche à bœuf'  qui a servi le dernier la guillotine ;
A l’angle du square de la mairie et de l’église habitait un ancien du bagne, Bove, bagnard gracié car la lame n’avait pas coupé sa tête ; il est resté vivre à St Laurent. (2)
(1) Le temps fait son oeuvre et déforme la réalité des faits... Madame Lithaw n'a dû connaître que deux à trois exécutions depuis son très jeune âge alors qu'à l'entendre, c'était un événement banal. Il ne faut pas imaginer une guillotine fonctionnant au quotidien: elle est restée pendant des années sans sortir de sa réserve. Enfin, aucun témoignage ne confirme les "roulements de tambours" auxquels elle fait allusion
(2) J'ai entendu ce bobard plusieurs fois à Saint-Laurent, qui n'est attesté par aucune source historique, aucune preuve administrative et qui faisait bien rire M. Martinet. "Bove" était sans doute un libéré qui inventa cette histoire pour se faire payer des coups de tafia...
Quel genre d’hommes étaient ces bagnards ?
Parmi eux, il y avait ceux qui avaient fauté et ceux qui étaient innocents.
On s’entendait bien avec eux. Ceux que mon père prenait pour l’élevage du bétail mangeaient ce que nous mangions.
On les respectait, et j’ai connu Papillon, Badin, Gracia…
A l’hôpital, il y avait des infirmiers et des garçons de salle, des gens qualifiés comme M. Jeuniot au laboratoire.
Je me souviens aussi de M. Lagrange : qu’est-ce qu’il a fait comme faux billets !
Je le revois encore : il habitait dans le coin de la rue Thiers.
Il exposait ses tableaux, et quand on passait pour aller à l’école, il faisait notre portrait.
C’était un monsieur numéro un !
Lui nous a dit spontanément qu’il était faussaire.
Il y avait toutes sortes de bagnards :
Des bagnards de classe, infirmiers, secrétaires et ceux qu’on employait comme main d’œuvre pour les plantations, ou vendeurs chez Tanon pour rouler les barriques.
Les bagnards moins qualifiés venaient le matin offrir leurs services. Par exemple, ils remplissaient les baquets d’eau, balayaient, nettoyaient la cour.
Mon regret, c’est que nous n’avons pas cherché à apprendre cet artisanat : tableau de papillons, vannerie, peinture…on regardait faire.
On était des petites reines, des petits rois, on nous servait à domicile…

74410-109633Comment les bagnards entraient-ils au service de la population ?

Pour employer un bagnard, il fallait faire une demande au bagne. Il y avait le porte-clefs devant la porte et un surveillant à l’entrée, au niveau de l’actuelle bibliothèque.
On devait donner nom, adresse et on allait chercher et ramener le bagnard.
Parfois ils dormaient sur place ; c’était ceux qui restaient pour les travaux.
Mais vous répondiez d’eux !
Car parfois les bagnards s’évadaient par le Surinam, la forêt ou le fleuve en radeau.
Puis ils se perdaient dans la brousse, et quand on les retrouvait, on les enterrait dans la fosse commune, à cinq ou six dans un même trou.

Ils servaient aussi de domestiques ?
Oui. Pour les garçons de famille, il fallait signer une décharge.
Le garçon de famille faisait le ménage, la lessive et le potager. Il dormait dans la maison des maîtres.
Mais il pouvait être malhonnête avec les dames…si vous lui donniez la porte d’entrée…

74410-109634St-Laurent ce n’était pas que le bagne. A quoi ressemblait la commune ?

La ville de St Laurent n’était pas aussi étendue qu’aujourd’hui : elle allait de l’église à la rue Thiers, avec le quartier officiel derrière l’église.
Ici où vous êtes (chez Mme Flore), les buffles se lavaient !
Et il n’y avait que deux ou trois maisons, et ça vous regardait si vous veniez ici…
D’anciens bagnards avaient un lopin de terre mais le taffia provoquait souvent des règlements de compte…
Le port de commerce était là où se trouve l’office du tourisme actuellement.
Le quai de l’Administration Pénitentiaire se situait lui devant la demeure du sous-préfet.
Les quartiers de St Maurice et de St Jean servaient à l’élevage et à la culture.
Le quartier de Charbonnière doit son nom à un créole qui y vendait son charbon ; il y avait aussi l’usine de bois de M. Thibaut, un européen.
Il n’y avait que deux familles à Paddock et on allait à Balaté en canot.
On a bien vécu à St Laurent et il y avait toutes les races : arabes, sénégalais, martiniquais, guadeloupéens, réunionnais, malgaches, chinois, annamites et les blancs.
Il fallait faire avec tout ce monde…
Plus tard les bushi-nenges se sont installés au bord du fleuve, derrière l’hôpital ; puis la mairie les a relogés à la Charbonnière..
St Laurent était prospère et nous n’avions rien à envier à Cayenne !
Ils y avait de nombreux commerces : Long, Barcarel,, Grenadin, Gougis où l’on payait en or ! Les entreprises Tanon, l’usine de tafia et de cire à Portal, la rhumerie de M. Symphorien.
Et puis les annamites, pêcheurs du village chinois aux maisons sur pilotis, et la scierie de St Jean.
Le bagne de St Laurent est aujourd’hui un lieu de mémoire. Quel souvenir doit-on en garder ?
On a été marqué par le bagne, je suis d’accord, mais on doit respecter tout ce qui est resté.
Cela était fait de mains d’hommes.
Le bagne a fermé ses portes en 1946.
L’Etat aurait alors du faire un choix : céder le camp à la commune ou autre, mais pas le laisser en friche !
En 1983, la commune a racheté le camp à un privé, M. Tanon, qui en avait fait son dépôt de marchandises : fûts d’essence et quincaillerie.
La commune a enlevé plus de 400 camions d’ordures !
Avec l’aide de l’armée et de M. Toubon, Ministre de la Culture à l’époque, nous avons réhabilité le camp de la Transportation.
Heureusement que le maire ne m’a pas écoutée et n’a pas rasé le mur !

74410-109636La fermeture du camp, en 1946, a été un changement radical pour St Laurent…

Oui, je me souviens que les deux derniers surveillants étaient M. Jawel et M. Martinet.
Lui est rentré à la sous-préfecture comme chef d’atelier, et il est mort à St Laurent.
Des bagnards sont repartis sur la métropole, Paramaribo ou les communes.
Ceux qui restaient traînaient dans les caniveaux, buvaient, et dormaient sur les trottoirs.
Ils avaient parfois un job : la brouette.
Ces bagnards libérés étaient sans ressources et avaient peu d’argent. Ils étaient pris en charge par l’Armée du salut.
Et il y avait le problème du logement ; le camp était encore ouvert, alors, même libres, ils retournaient y dormir !

Qu’est alors devenu cet immense espace ?
Il y a eu les réfugiés de Sainte Lucie : ces gens ont habité le camp ; mais ils n’ont rien nettoyé pendant 10 ou 15 ans !
La cuisine, la boulangerie étaient mal entretenues : entretenez-les, donnez un coup de peinture, nettoyez la cour…
Ils ont trouvé le camp propre ; au bagne ils ne payaient pas de loyer, de lumière, ni l’eau courante… alors un peu d’entretien !
Le verger du camp était planté en papayers, fruits à pain, patates douces, avocats …
C’était entre la fermeture du bagne et la vente à M.Tanon.
Devenu propriétaire et pour ne pas avoir de problème, il leur laissa le temps de partir et ne leur fit pas payer de loyer.
Des enfants sont même nés dans le camp !

Aujourd’hui, le camp est petit à petit restauré, et le souvenir du bagne toujours présent…
Oui. Par exemple, les frères Moreau étaient au bagne avec leur père, arrêtés pour complicité avec l’ennemi. Ils ont été ensuite innocentés, mais ils ont donné 25 ans inutilement ici, et leur père est mort à St Laurent.
Eh bien les frères Moreau sont retournés à St Laurent à 80 et 70 ans pour retrouver la trace du père ; et encore aujourd’hui beaucoup de personnes viennent ici chercher leur aïeul."

Le bagne, c’était vraiment l’enfer…
C’était très difficile pour eux. Pourtant, au temps de l’Administration Pénitentiaire, Saint- Laurent du Maroni était un paradis !
 
Mardi 14 Septembre 2004
Propos recueillis par C. Mistral
 

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30 mai 2013

Les lieux du bagne - Kourou

Il ne reste quasiment plus de vestiges du bagne de Kourou (ville) qui faisait face aux Îles et fut un établissement certes insalubre (les transportés redoutaient d'y être nommés), mais d'un excellent rendement du moins pendant le temps où un commandant énergique et agronome de formation s'en occupa. Riz, haricots, bouverie, etc. les rendements étaient élevés.

 

pénitencier des roches (c) MJ evrardLe pénitencier des Roches, début du XXe siècle

IMG_0178Vestiges de la cuisine centrale

070926 302Guérite de factionnaire

070926 303Sémaphore dit "Tour Dreyfus". Pendant le "séjour" de l'illustre déporté, il permettait de communiquer presque en permanence avec les îles.

optique kourou"L'optique", comme le pénitencier, étaient implantés sur le plateau des Roches, face à la mer.

PariacaboDevant, s'allongeait une courte plage de sable sans vase et sans palétuviers, propice à la baignade (ce qui est rare en Guyane), derrière une zone de marais très insalubres que le bagne avait "poldérisés" pour implanter les cultures et l'élevage avant que les digues ne retombassent à l'abandon.

Il a fallu remblayer ces marais pour édifier l'actuelle ville de Kourou, ce qui constitua un travail considérable.

Un peu à l'intérieur, des camps forestiers comme celui de Pariacabo (ci-contre), sur le bord du fleuve "Kourou"

070926 304Ironie de l'histoire... Un hôtel de bon standing fut édifié sur les ruines du pénitencier.

scierie du pénitencier des rochesLa scierie en fonctionnement (début du XXe siècle)

ENF PERDU MONTA D ARG KOUROUVue depuis une case du pénitencier, aujourd'hui disparu.

transports forçats kourouDes bagnards sur une goélette accostent aux Roches.

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29 mai 2013

L'île du Diable

 

La plus petite des trois îles du Salut, elle fut lieu de déportation sous le second Empire, puis elle servit de léproserie avant de revenir à sa fonction première avec l'affaire Dreyfus. Un projet visait à en faire un sanatorium pour les membres du personnel atteints de tuberculose, mais il fut abandonné, le bagne vvant ses derniers mois et aucun investissement n'étant de ce fait, programmé.

 

Les cartes mises à disposition de l'administration, au moment de l'affaire Dreyfus, quand il fallut l'aménager pour recevoir le déporté.

555_435_image_caom_3355_10_7_031895_carteLe chenal entre Royale et l'Ile du Diable est fréquemment parcouru par un violent courant, et le ressac se fait durement sentir. Aussi l'accostage est très difficile.

555_436_image_caom_3350_b177_ile

555_434_image_caom_3357_rm_fevrier_1898_carte

EVT391HReprésentation attribuée à un transporté.

CapturePlan établi par Dreyfus.

ile-du-diable26Vue contemporaine

071011IMG_0856Ile du Diable vue depuis l'Ile Royale - Case de Deyfus rénovée (photo personnelle)

071011IMG_0885

85224392_oAnciennes cases des déportés, puis de la léproserie

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12 avril 2013

La visite de l'île Royale (4/4)

 

Partie précédente (lien)

071011IMG_0707

071011IMG_0708La carrière, d'où furent extraites toutes les roches utilisées pour édifier les divers bâtiments. Elle servit (et sert encore) de réserve d'eau pluviale (en saison sèche comme au moment où furent prises ces photos, le niveau est des plus bas). Depuis une quinzaine d'années, pour les besoins de l'auberge, outre cette réserve (potabilisée) est disponible une unité de dessalement de l'eau de mer. Au temps du bagne l'eau faisait souvent défaut. Chaque case de surveillant avait sa citerne branchée sur la toiture et en saison sèche, une corvée de transportés venait livrer la quantité d'eau tout juste nécessaire pour la famille. La proximité de la réserve près des habitations facilitait la prolifération des moustiques.

071011IMG_0710Le quartier des détenus; Ils étaient de 300 à 600 selon les époques... Et ils prenaient finalement fort peu de place.

 

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071011IMG_0713Ruines de cellules individuelles (pour les condamnés à des peines disciplinaires). On distingue les supports de bat-flancs.

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071011IMG_0715Peine de cachot (semi obscur ou noir)

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071011IMG_0722Dortoirs de détenus (qui dormaient sur des bât-flancs)

071011IMG_0724Autres salles communes. Au centre, les quatre plots (restaurés) qui servaient à équilibrer la guillotine, les jours d'exécution.

071011IMG_0723

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071011IMG_0726Lavoirs, devant les cases. Aucune eau courante à l'intérieur, juste un baquet pour les déjections, vidangé le matin dans la mer.

071011IMG_0729Vue d'ensemble du quartier des détenus

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071011IMG_0732Les théodolites contemporains dans les ruines du bagne...

071011IMG_0728La case des malades légers (les plus atteints étaient admis à l'hôpital mais les soins étaient réduits au strict minimum, faute de moyens).

071011IMG_0733Arrière du quartier des détenus. Il y avait quelques manguiers sur l'île, mais être surpris à manger un de leurs fruits, même tombés à terre, pouvait coûter jusqu'à un mois de cachot.

071011IMG_0739A gauche: la case des porte clés (forçats de confiance, souvent nord-africains) et le poste de garde. A droite: la cuisine des détenus.

071011IMG_0744L'hôpital, sans doute un des plus beaux bâtiments pénitentiaires de Guyane. Malheureusement, son accès est interdit, et réellement dangereux tellement les rares planchers conservés sont dégradés. Etaient soignés dans cet hôpital quelques détenus et les gardiens des îles, mais aussi des pénitenciers malsains du continent, comme celui des Roches: l'air des îles, salubre, facilitait les convalescences.

071011IMG_0734Pignon de l'hôpital, et phare des îles

071011IMG_0741071011IMG_0753

071011IMG_0742Fresques vues de l'extérieur

071011IMG_0749Habitation du médecin chef

071011IMG_0752Ecole (pour les enfants du personnel) et logement de l'institutrice

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photo_projet_2077Chapelle

071011IMG_0757Cimetière des enfants du personnel

071011IMG_0758Une maman obtint le droit de reposer pour l'éternité près de son très jeune fils

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071011IMG_0768Selon les époques, poudrière, dépot de pétrole ou... morgue. L'auteur du site y dormit deux nuits de suite, faute de chambre disponible!

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071011IMG_0775Ateliers

071011IMG_0780Porcherie et abattoir

071011IMG_0777Les quelques puits ne donnaient, surtout en saison sèche, qu'une eau saumâtre, quasiment imbuvable.

071011IMG_0785Le plôt du transbordeur par câble, qui permettait de joindre l'île Royale quand la houle empêchait tout accostage.

071011IMG_0782Marques d'usure faites par le câble sur une roche

071011IMG_0792L'autre montée sur le plateau.

 

On ne se fiera pas au caractère apparemment enchanteur de cette île. Il faut imaginer ce que devait être la promiscuité avec ces quelques dizaines de fonctionnaires civils ou militaires les uns célibataires, les autres mariés voire venus avec leurs enfants, ces centaines de forçats, tous confinés sur quelques hectares, certains pour des sessions de six mois, d'autres pour des années. Les jalousies, les envies, les petits trafics, les complots, les abus d'autorité - ou la juste autorité considérée comme un abus - c'était cela, le quotidien. C'est en tout cas ce qui ressort des divers témoignages, qu'ils émanent d'anciens détenus ou de gardiens. Aller aux îles était - sauf pour quelques originaux - considéré comme un exil, une sanction. Pour les forçats, c'était la certitude de vivre sous un climat plus sain, d'effectuer des tâches certes monotones et pour la plupart inutiles, mais c'était la quasi impossibilité de s'évader. Certains s'en contentaient ; d'autres se désespéraient.

Etaient affectés aux îles les transportés les plus susceptibles de s'évader - soit parce qu'ils avaient prouvé leurs "compétences" en la matière soit parce qu'ils étaient soupçonnés de pouvoir soudoyer des complices. On y mettait aussi ceux dont l'actualité avait le plus parlé: l'évasion d'un Soleilland (lien), d'un Barataud (lien) auraient entraîné un scandale de portée nationale - aussi les pires criminels "se la coulaient relativement douce" (si on excepte le mépris universel qu'ils subissaient) quand de pauvres bougres victimes d'un moment d'égarement allaient crever "sur la route" ou dans un camp forestier.

 

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La visite de l'île Royale (3/4)

 

Seconde partie (lien)

 

071011IMG_0666En remontant sur le plateau...

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071011IMG_0668Vue sur l'île du Diable

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071011IMG_0674Bâtiments de gestion, ateliers, etc.

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071011IMG_0677Entrepots, magasin.

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071011IMG_0689L'ensemble de l'île est ainsi consolidée, remblayée. Mais la végétation faisait cruellement défaut sur les contreforts, par mesure de sécurité.

071011IMG_0690Le grand balcon de la maison du Directeur

071011IMG_0683La coopérative et le mess (actuellement, auberge). Au premier étage, les chambres des gardiens célibataires

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071011IMG_0696La lampisterie, dont Seznec fut longtemps responsable (poste tranquille s'il en est: il semble que certains membres du personnel avait des doutes sur sa culpabilité, et il bénéficia à coup sûr de la solidarité bretonne (nombre de gardiens étaient originaires de cette région). Toutefois il était astreint à dormir en case collective: dans le passé, il avait commis une tentative d'évasion.

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071011IMG_0699Officiellement, Seznec est toujours coupable d'assassinat. La justice n'a pas décidé la révision de son procès.

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071011IMG_0701Une enceinte grillagée limitait l'aire de résidence du personnel interdite aux bagnards, sauf nécessité de service (garçons de famille, ouvriers d'entretien, etc. étaient autorisés à la franchir à des heures déterminées)

071011IMG_0705Qui croirait que ce coin apparemment paradisiaque fut un enfer... Et de nos jours demeure un purgatoire fort pénible?

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071011IMG_0692De 300 à 500 transportés à "occuper". Quand on était fatigué de faire "paver carré", on utilisait les galets. Puis on revenait à l'ancien système. Faire et défaire, c'est toujours faire mais quel était l'intérêt pour la collectivité? Fallait-il vraiment déplacer des condamnés sur 8.000 kilomètres pour les parquer sur 24 hectares, à des tâches aussi inutiles?

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071011IMG_0706Les cases des surveillants en famille (chaque demeure hébergeait deux couples, parfois avec enfants) et était équipée d'une citerne branchée sur le toit, et récupérant les eaux de pluies. De nos jours, des chambres de l'auberge sont installées dans ces logements... ce sont - et de loin ! - les plus agréables avec leur ventilation naturelle (les bungalows neufs qui ont vue sur l'océan sont surchauffés)

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071011IMG_0707La carrière dont furent extraits tous les moellons. Elle a été ensuite utilisée comme citerne d'eau douce (l'eau a toujours manqué sur les îles, surtout en saison sèche). Une corvée de bagnards partie de cette réserve remplissait tout d'abord les citernes de l'hôpital, des habitations de gardiens puis, s'il en restait, les "auges" devant les cases collectives des détenus. Les jacinthes d'eau colonisent la surface de la réserve et n'empêchent pas, si on a de la chance, d'apercevoir un minuscule caïman qui a élu domicile ici.

071011IMG_0709Constante de l'architecture carcérale en Guyane: l'emploi de la brique, sous cette forme. Les murs laissent ainsi passer les alizés, ce qui permet de profiter des vents rafraîchissants. Ces briques ont été importées du continent, le bagne ayant compté jusqu'à 12 briquetteries dont chacune avait son symbole.

A suivre : la visite de l'île Royale (4/4) (lien)

 

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La visite de l'ïle Royale (2/4)

La première partie (lien)

 

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DSC_3993Depuis l'abandon du site dans les années quarante, la végétation reprend ses droits avec la luxuriance habituelle sous ces contrées. Une colonie de vacances fonctionna sur l'île Royale pendant quelques années, puis le Centre Spatial prit possession des lieux pour y installer quelques instruments de mesure. Il contribua largement à la restauration du site, concédant une auberge ouverte à tous. Pendant les tirs d'Ariane, les îles sont évacuées: les lanceurs passent à la verticale du site, et encore à très basse altitude.

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071011IMG_0649Chemin de ronde (en se dirigeant vers l'île du Diable)

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071011IMG_0652Il est difficile d'imaginer que sur une bande large de cinquante mètres, aucune végétation n'était tolérée, pour prévenir tout risque d'évasion.

071011IMG_0654Le pavement a disparu, les racines font leur oeuvre...

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Même un jour pareil, pratiquement sans houle, on comprend à quel point il serait difficile de mettre un canot de fortune à l'eau.

071011IMG_0658Ce bloc monumental, aujourd'hui déscellé (on distingue encore la trace d'un piton était un élément de belvédère, permettant, d'un seul point, de contrôler 300 mètres de rivage.

071011IMG_0659S'il n'y a jamais de cyclone en Guyane, le vent souffle parfois assez fort au large pour créer ces curieux effets d'alignement. Ce sont les oiseaux venus du continent qui apportèrent la plupart des graines mal digérées dans leurs fientes, permettant ainsi la recolonisation végétale en quelques décennies.

071011IMG_0660Rocs, ressac, courants... La mise à l'eau serait quasiment impossible: les vagues ramèneraient implacablement l'imprudent sur le rivage.

071011IMG_0661(ce jour là, l'océan était excessivement calme. Parfois, les brisants frôlent le chemin de ronde)

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071011IMG_0657Fourmis et termites ont toujours été signalées sur les îles. Compte tenu du manque d'hygiène, elles constituaient une source de tourments indescriptibles pour les transportés et, dans une moindre mesure, pour les gardiens et leur famille

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imagesLa piscine des forçats. Loin d'être l'élément principal d'un lieu de villégiature, cette "piscine" qui fut bâtie à grand peine (de nombreux bagnards eurent des membres écrasés par un rocher pendant sa construction) avait été instamment demandée par les médecins. L'eau douce manquait de façon dramatique sur l'île et de ce fait l'hygiène des prisonniers était déplorable. En outre des "bains de mer" sous le soleil permettaient de lutter avec succès contre de nombreuses carences par avitaminoses. Cet enclos - vide à marée basse - permettait aux bagnards de ne pas être blessés par la houle et les protégeait des requins nombreux dans les parages: non pas comme la légende l'affirme parce qu'ils étaient attirés par le corps des morts immergés sous la Lune (on ne mourait quand même pas chaque jour aux îles) mais tout simplement à cause de l'abattoir: le sang et les viscères des animaux abattus quotidiennement excitait les squales. Enfin, à l'époque peu nombreux étaient les hommes qui savaient nager... un enclos peu profond, protégé des courants et de la houle était donc indispensable.

Suite de la visite (lien)

 

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La visite de l'ïle Royale (1/4)

 Pour ne pas imposer au lecteur une page web trop longue à "charger", la visite de l'île est fractionnée en quatre parties distinctes.

 

 

071011IMG_0614 (Copier)De nos jours, on part quotidiennement sur l'île Royale en empruntant la vedette de l'auberge où - c'est plus sympathique, car on fera le tour des îles - un catamaran. Les heures de départ dépendent de la marée, car le chenal du fleuve Kourou, au bord du vieux village, est peu profond et envasé. 

071011IMG_0617 (Copier)Stabilisation de la rive par des blocs de pierre... Embouchure d'un canal. Ces durs travaux ont été réalisés par les forçats affectés au pénitencier des Roches (lien) qui assainirent les environs en créant de spolders et de ce fait des espaces de grande culture.

071011IMG_0618 (Copier)Pointe des Roches. On distingue l'ancien appontement du pénitencier et, au second plan, le sémaphore qui permettait les transmissions optiques (bâti au moment de la déportation de Dreyfus)

071011IMG_0622 (Copier)Les îles... la couleur limoneuse des eaux est la conséquence de l'envasement général du littoral, de l'Amazone à l'Orénoque.

071011IMG_0624 (Copier)L'île Royale, la plus grande avec ses vingt quatre hectares... Au temps de la transportation les arbres y étaient rares et recensés, pour contrecarrer la possibilité de faire un radeau. On ne s'est quasiment jamais évadé des îles, et jamais de l'île du Diable.

071011IMG_0627 (Copier)Les magasins, les cases des canotiers, lesquels, avec certains directeurs, conservaient  le privilège de garder leurs "mômes" en leur compagnie: par définition, les canotiers étaient les plus susceptibles de s'évader et leur donner des raisons de demeurer sur place n'était pas forcément absurde, si la morale de l'époque n'y trouvait pas son compte.

071011IMG_0628Le départ du chemin de ronde. Depuis que les enrochements ne sont plus stabilisés en permanence par les corvées de forçats, ils se détériorent rapidement.

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071011IMG_0636Logement du chef de quai - Magasin général.

071011IMG_0638Vers le "plateau"

071011IMG_0639Le bas de la maison du Directeur

071011IMG_0640Pendant quasiment un siècle, ces escaliers furent faits et refaits selon les plans les plus divers, pour occuper les forçats. Tâche stérile s'il en est...

071011IMG_0641Arrière de la maison du Directeur. A l'époque, la vue était totalement dégagée pour qu'il puisse à tout moment contrôler l'activité des quais et autour des magasins.

071011IMG_0643Contrefort. Sous le poids des constructions et après creusement de la grande citerne, l'île subit quelques mouvements de terrain.

071011IMG_0644Le départ du chemin de ronde. A l'origine, il était entièrement pavé mais lors de la fermeture du bagne, beaucoup de matériaux furent pillés.

 

Suite de la visite (cliquez sur le lien pour y accéder)

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28 mars 2013

Les Îles du Salut.

 

guyane2A quelques encablures de Kourou, ces îles de quelques hectares étaient considérées comme le refuge du Diable par les Indiens Kaliñas (Galibis), que les Jésuites avaient tenté d'évangéliser avant leur expulsion (ils ont laissé leur nom à la Montagne des Pères, proche de Kourou)

757px-Kalina_hunter_gatherer

En 1763, une tentative de colonisation massive de la Guyane eut lieu, qui fut une hécatombe : des milliers de colons originaires de Lorraine, pas du tout préparés à ce qui les attendait et qui en outre souffraient pour nombre d’entre eux de maladies telles que les affections vénériennes acquises pendant la traversée - furent déversés en saison des pluies sur la lagune de Kourou. Paludisme, fièvre jaune, conséquences de l'alimentation avariée, absence d’abris et de soins appropriés… En quelques semaines, on déplora des milliers de morts. La Guyane acquit la réputation de Tombeau des Français  dont elle mit longtemps à se défaire.

Kourou_drawing_dessin_expedition14.000 malheureux débarquèrent en pleine saison des pluies sur les lagunes de Kourou. Le paludisme, la fièvre jaune, les carences alimentaires, les maladies vénériennes eurent raison de la plupart d'entre eux en quelques semaines : seuls 1.800 purent être rapatriés et firent de la Guyane un tableau épouvantable. Longtemps, on ne l'appela guère que le "tombeau des Français"

585px-Kourou_carte_map_1776De Chanvallon,  l’émissaire de Choiseul qui avait eu cette idée de colonisation. Sur s’évertua en vain à sauver ce qui pouvait l’être en tentant sans succès d’empêcher les débarquements qui se sont succédé des semaines durant (les capitaines des navires, épouvantés par ce qu’ils voyaient sur la lagune et apeurés à l’idée d’être pris d’assaut par les survivants désespérés menaçaient de leurs armes leurs passagers pour qu’ils débarquent de force avant de s’éloigner au plus vite). De Chanvallon eut l’idée de transporter sur quelques chaloupes les survivants sur les " isles du Diable"  rebaptisées " îles du Salut". Ils purent y achever leur convalescence : l’atmosphère plus clémente du fait d’une meilleure ventilation et surtout l’absence de moustiques – vecteurs du paludisme et de la fièvre jaune stoppèrent les épidémies (on ignorait à l’époque quel était le mode de transmission des  "fièvres") ; en outre, l’eau douce d’origine pluviale, était moins contaminée que celle des puits de la lagune.

Rapatriés, les survivants donnèrent une image épouvantable de la Guyane. Le scandale fut de portée nationale, mais Choiseul était bien trop puissant pour être réellement inquiété (il ne subit qu’une courte disgrâce) : c’est le malheureux Chanvallon qui avait pourtant sauvé ce qui pouvait l’être qui fut embastillé pour apaiser l’opinion.

Les premiers transportés ne pouvaient demeurer sur les pontons de Cayenne, et on désirait séparer les déports politiques des détenus de droit commun. Comme il était à peu près impossible de s'évader des îles, le bagne les colonisa rapidement. Curieux paradoxe que cette politique dont une des finalités était de mettre en valeur la colonie, et qui parqua sa main d'oeuvre dans des pénitentiers où détenus comme gardiens tombaient comme des mouches (la Montagne d'Argent, Saint-Georges, les établissements de la Comté) ou sur des îles et îlots minuscles, sans aucun profit...

1Ces îles (au nombre de trois) sont :

- l’Île Royale (la plus grande : 24 hectares)

- l’Île Saint-Joseph

- la plus petite, quasiment inaccessible en raison de la houle et des forts courants : l’Île du Diable qui a gardé le nom initial de l’archipel.

 

41Les îles du Salut et les "battures de Malmanoury" en 1863

69Elles sombraient peu à peu dans l'oubli, quand l'ouverture du bagne, puis la célèbre affaire Dreyfus et la déportation du capitaine innocemment accusé de haute trahison sur l'Île du Diable les remirent au premier rang de la déportation. Ensuite, on y installa les détenus les plus susceptibles de s'évader

Pour l’anecdote, on signalera que les îles du Salut constituent actuellement un des havres de repos parmi les plus prisés des Guyanais : plages, eau claire, piscines des forçats, auberge…

 

 

071011IMG_0622                                                                                      Les Îles aujourd'hui

On remarquera la couleur typique des eaux de la région, rendues limoneuses par les milliards de tonnes d'alluvions déversées par l'Amazone dans l'océan.