Degradation_alfred_dreyfusAvant de porter un jugement péremptoire relatif au traitement très dur infligé à Dreyfus, il faut, là encore, se replacer dans le contexte.

Pour des militaires, les traitres sont la catégorie d'individus qu'ils méprisent le plus en en 1895, la culpabilité du capitaine ne faisait pas débat (il est d'ailleurs probable que si les déportés n'avaient pas été rigoureusement séparés des transportés, il en aurait été de même pour ces derniers: même des criminels faisaient souvent preuve d'esprit patriote et haïssaient les ennemis de la France tout comme les assassins d'enfants devaient être protégés de leurs "collègues"

Dans ce contexte, Dreyfus qui "a livré des secrets vitaux à l'ennemi héréditaire, l'Allemagne", se vit conduire à l'île du Diable, on mobilisa de cinq à dix gardiens à son service exclusif qui devaient subir comme lui  le vent, le fracas des vagues, l'ennui (quoiqu'ils avaient quand même le droit de communiquer entre eux…) que compensait mal un supplément de solde appréciable (Deniel avait proposé une majoration de 1/3)

En outre, le capitaine n'avait pas la manière. Hautain, cassant parce que se jugeant à juste titre innocent, il se refusa toujours à entrer dans le moule habituel du détenu qui sollicite des faveurs aux matons. Son droit, tout son droit mais rien que son droit! Ainsi, il ne prononçait pas une parole en dehors de strictes nécessités de service… Ce faisant, certes il obéissait aux consignes données, mais c'était si inhabituel que ses gardiens s'en trouvaient déstabilisés. Jusqu'à son sempiternel: "Je vous juge sur mon honneur"… qui n'était évidemment pas recevable de la part d'un dégradé sur le front des troupes, dépourvu de cet honneur!

Lorsque, très abusivement et sous couvert de sécurité Deniel transforma de facto déportation en enfermement (voire réclusion) et lui imposa les fers aux pieds nocturnes (la double manille), il protesta par… une lettre officielle (le Gouverneur de la Guyane s'interrogea auprès son geôlier, lui signalant qu'il s'agissait  d'une aggravation de peine qui n'avait pas été portée à sa connaissance. Deniel l'assura qu'il s'agissait d'une consigne du Ministère des colonies (ce point ne fut jamais éclairci: la consigne venait-elle "d'en haut" ou couvrit-on le subordonné par trop zélé?)

En revanche quand à son arrivée on refusa de donner un minimum de vaisselle à Dreyfus, contraint de transformer un méchant morceau de tôle rouillée en grill, de manger avec ses doigts sur du papier gras, il s'agit bel et bien d'une mesure vexatoire et humiliante, d'autant plus que les déportés avaient, selon la loi de 1872 auquel se référait Deniel,  le droit de cantiner "dans la limite du raisonnable". Dreyfus attendra des semaines, le droit de pouvoir manger dignement.

b9e4_1aLa première case (photo de l'époque)

Il faut imaginer ce que devaient être les rapports humains sur ce demi îlot minuscule, ces cinq – puis dix et quinze – hommes qui se relayaient avec pour mission de ne pas quitter le déporté du regard ne serait-ce qu'un court instant, quoiqu'il fasse, ne devoir lui parler que pour des questions essentielles de service et jamais en tête à tête!

Compte tenu des difficultés de joindre et de s'éloigner de l'île du Diable, les gardiens étaient éparés de leur famille s'ils en avaient une, et devaient emprunter le périlleux transbordeur: il pouvait se produire une semaine sans que la chaloupe ne soit à même d'accoster et on posa un système de transmission de signaux optiques, tout d'abord, entre l'île du Diable et Royale, puis entre Royale et Kourou (la fameuse "tour Dreyfus")

Capture11Construction de la case des gardiens

Et pourtant, la lecture du journal de Dreyfus laisse transparaître quelques moments d'humanité: malgré la consigne, on lui offre un peu de café le matin, un autre jour, du bouillon de viande.

Il n'empêche… Quelle destinée affreuse que celle de ce grand bourgeois amené à faire sa lessive lui-même en usant de cendre et d'eau salée,  à tenter de se sustenter avec des morceaux de viande grillés sur une plaque de tôle ou vaguement bouillis, considérant comme un bien de la providence les boîtes de lait condensé que le médecin, sans soute apitoyé, lui octroie sans demande particulière et alors même qu'ils étaient périmés.

Les maux physiques dont souffrait Dreyfus  sont difficiles à déterminer, d'après les symptômes qu'il décrit dans son journal (si on excepte toutes les somatisations dues à son désespoir permanent). Il se plaint de fièvre et on le soigne à la quinine…  Il est peu probable que le paludisme sévissait à l'état originel sur l'île du Diable, mais quelques moustiques y stationnaient et des gardiens qui avaient servi ailleurs, sur des chantiers forestiers pouvaient l'avoir contaminé incidemment. Paludisme. Ses troubles digestifs nombreux, décrits avec beaucoup de pudeur (dépourvu de cabinet de toilette il devait faire ses besoins au vu et au su de tous)  sont sans doute dus à son alimentation déséquilibrée et insuffisante.

J'ai choisi, par pudeur, de ne pas recopier d'extraits des lettres de Dreyfus à sa femme (quand bien même il les confia aux archives nationales), me contentant pour relater sa vie au quotidien, et l'évolution de son état d'âme à son journal, tenu avec irrégularité

Le Transport.

13_1Le 21 février 1895, Dreyfus fut subitement prévenu de s'apprêter pour le départ. Encore mis à nu et fouillé, lui et son ballot d'effets, il fut conduit entre six gardiens sur une chaloupe à vapeur qui permit son transbordement sur le vapeur "Saint-Nazaire", dans le silence absolu.

Sur le bateau, il fut enfermé dans une cellule isolée du quartier des femmes et on lui confia un hamac. Le froid était épouvantable (-14°) et il fut laissé sans nourriture, dans l'incertitue du lieu où on le conduirait et de la situation qui lui serait réservée.

Le navire ayant levé l'ancre, Dreyfus fut gardé le jour par un gardien, la nuit par deux (silence absolu). Comme nourriture, la ration des condamnés servie dans de vieilles boîtes des conserve.

A Partir du cinquième jour (sans doute sur injonction du médecin), promenade d'une heure sur le pont autorisée, accompagné de deux gardiens, ne devant croiser personne.

Arrivée en rade des Îles du salut le 12 mars 1895 (selon lui il devina le lieu de destination en saisissant quelques bribes de conversation entre gardiens). Dreyfus dut patienter quatre jours par une chaleur torride (un bâtiment en fer sous le soleil tropical…) avant de débarquer: rien n'avait été préparé (on se référera au rapport de Deniel)

La réclusion dans une cellule de Royale dura environ un mois et, le 13 avril, il fut enfin transféré sur l'île du Diable.

Les dispositions qui furent arrêtées à son encontre furent valable pour toute l'année.

La case à lui affectée mesurait 4 mètres sur 4, les fenêtres étaient grillées, la porte à claire-voie munie d'un barreautage en fer : elle donnait dans un "tambour" de 2 mètres sur 3 accolé à la façade, ce tambour étant fermé par une porte pleine en bois: c'est là que séjournait le surveillant de garde, relayé de deux heures en deux heures, avec instruction de ne le perdre de vue ni de jour ni de nuit (une lape à pétrole éclairait la case de nuit)

La porte du tambour étant fermée de l'intérieur et de l'extérieur (!) chaque relève occasionnait "un bruit infernal de clefs et de ferraille"

Capture2Plan de la case, par Dreyfus

Dreyfus ne pouvait circuler, durant le jour, que dans la partie de l'île comprise entre le débarcadère et le petit vallon de l'ex campement des lépreux, soit sur un espace de 200m environ. Le franchissement de cette limite aurait entraîné comme sanction immédiate le renfermement dans la case, mais il de désobéit jamais. Dès qu'il déambulait sur l'espace autorisé, il était accompagné d'un surveillant de garde armé (du revolver puis, plus tard, d'un mousqueton) qui avait pour consigne absolue de ne pas perdre de vue un seul de ses faits et gestes et de faire consigner par écrit tout ce qui semblait sortir de l'ordinaire (tâche dévolue au surveillant-chef)

Au début "la ration fut celle du soldat aux colonies, sans le vin. Je devais faire la cuisine moi-même, faire d'ailleurs tout moi-même" (que l'on imagine ce que représentait cette déchéance pour un officier fortuné habitué à se faire servir depuis sa petite enfance, et ayant une ordonnance à sa disposition penant le service actif!)

CapturePlan de la déportation, par Dreyfus

 

Les mesquineries commencent avec l'attribution de papier vierge à Dreyfus, octroyé par cahier de cinquante feuilles paraphées qu'il devait remettre après usage, et dont il est expressément responsable de son emploi. Imagine-t-on qu'il lancera des bouteilles à la mer, avec des messages occultes? Sur son journal commencé le 14 avril 1895, il annoce avoir renoncé à son idée initiale de suicide, se sentant comme un devoir absolu de relever le nom de ses enfants en faiosant triompher la justice.

26-05-2013 15;21;25Cahiers de cinquante feuilles annotés par Deniel

Souvenons-nous que ses correspondants ne peuvent évoquer l'affaire en cours avec lui et qu'il ne peut leur donner des détails sur ses conditions de détention (leurs courriers seraient retenus). Sa ration, livrée crue, est d'un demi pain par jour, de 300g de viande (de qualité douteuse) trois fois par semaine, les autres jours d'endaubage (viande en conserve) ou de lard salé. Comme boisson, de l'eau. Il demeure parfois plus d'un mois sans nouvelle de ses proches

Il décide de réétudier l'anglais, afin de se remettre à la fois à une activité intellectuelle, et pour s'occuper l'esprit. Le 15 avril, pris de pitié (preuve que s'ils étaient stricts, ils n'étaient pas inhumains), les surveillants partagent leur café et leur pain du matin avec Dreyfus (le fait qu'on le lui servait en grains verts alors qu'il n'avait ni de quoi le torréfier ni de quoi le mouler devait leur sembler une cruauté inutile). Cassant du petit bois sur son espace dévolu, Dreyfus parrvint à faire chauffer de l'eau poiour le thé qui constituera, avec son pain, son unique dîner.

Le lendemain, le voyant à bout de forces, sans un mot échangé, le surveillant lui donne un bol de son bouillon de viande. Dreyfus fume "pour calmer son cerveau et apaiser les tiraillements de son estomac" et écrit au Gouverneur pour renouveler sa demande, de vivre à ses frais en faisant venir des conserves de Cayenne, "comme la Loi l'y autorise"

Dreyfus-in-Prison-1895Le lendemain, en s'aidant de quelques bouts de fer ramassés ici ou là, après avoir sué deux heures pour se constituer une provision de bois qui a le plus grand mal à brûler, Dreyfus parvient à faire griller deux portions de viande. "Tous ces efforts m'ont brisé" écrit-il, preuve qu'il est dans un état mental des plus déplorables.
 Des interruptions substantielles dans la tenue du journal confirment cet état de fait. Quelques jours plus tard, en employant en plus de l'eau et du sel, quelques puiments sauvages trouvés sur l'île, Dreyfus se cuisine un bouilli. Pour se calmer, il entreprend de casser du bois... Et allant chercher la hachette, il s'entend interpeller sèchement: "On n'entre pas dans la cuisine!"

Ses tentatives de travailler l'anglais ne se révèlent guère fructueuses: très vite, il doit renoncer "à cause de son cerveau ébranlé"

Preque un mois plus tard, Dreyfus n'a toujours aucune vaisselle, aucune assiette. Ses grills et ses casseroles sont des morceaux de ferraille et de vieilles boîtes de conserves ramassées sur le terrain, dont le contact lui occasionne des brûlures d'estomac. La faim le tenaille sans arrêt, au point qu'il en vient à dévorer des tomates crues trouvées sur l'île, anciennement plantées par les lépreux (malgré les préjugés de l'époque)

Fin avril, visite du Commandant des îles qui lui apporte du tabac et du thé, et se décide à lui "prêter" des assiettes et deux casseroles, mais "rien pour mettre dedans (sa demande d'attribution de lait condensé pour soigner ses coliques récurrentes reste sans effet). Il reçoit également des revues envoyées par sa femme, mais aucun courrier.

Pour tenir compte d ela chaleur qu'il fait dès dix heures du matin, il change son emploi du temps. Lever à 5h 1/2, feu pour faire le café ou le thé, cuisson des légumes secs, ensuite ménage et toilette sommaire. Quand à 8h on lui apporte la ration du jour, il termine la cuisson des légumes secs et, les jours de viande, fait cuire cette dernière. Prise du repas du matin, le dîner étant absorbé frois pour ne pas souffrir du feu pendant l'après-midi

De 11h à 15h, lecture, travail et "souffrance". Quand la chaleur tombe (vers cinq heures), il va couper du bois, chercher de l'eau au puits, laver le linge, etc. On l'enferme après le dîner et si le fanal dans le poste est suffisant pour la surveillance, il ne permet pas la lecture. La nuit est donc le moment où "toutes les pensées se tournent vers l'affreux drame"

Dreyfus apprend enfin à laver sa vaisselle, en utilisant la cendre. Jusqu'à nouvel ordre, sa lessive sera faite à l'hôpital. "C'est heureux car je transpire tellement que mes flanelles sont complètement imbibées et ont besoin d'un lavage sérieux"

4371309517146Reproduction naïve, qui ne correspond pas à la réalité.

Alfred-Dreyfus-3Opportunité de signaler les préjugés de l'époque qui voulaient que la meilleure protection contre la chaleur tropicale soit... l'accumulation de vêtements tous plus chauds les uns que les autres (la flanelle!) sous lesquels les individus cuisaient littéralement dans leur jus, effectivement victimes, par chaud et froid, du premier courant d'air! Les bagnards qui, sur les îles, travaillaient torse nu et ne manquaient pas une opportunité de se baigner étaient en meilleure forme que leurs gardiens confits dans leurs uniformes empesés. Dreyfus, comme ses gardiens, considérait comme éminemment dangereux de sortir sous le soleil sans son casque colonial, ne serait-ce qu'une minute ou deux.  On voit ce qu'il en est de nos jours...

Pendant une dizaine de jours, succession de messages faisant état de son épuisement croissant, de sa difficulté à se nourrir, de son désespoir devant l'absence de courrier. Il reçoit enfin des lettres vieilles de plus de deux mois! La relation, une fois d eplus, de l'obsession provoquée par le choc des vagues est compréhensive. Bien que malentendant, l'auteur qui le subit 48h sur le site même, en 1983, en est revenu abasourdi. La saison des pluies n'arrange rien, avec sa succession d'averses torrentielles.

9 mai. Syncope suivie d'une abondante transpiration, puis crise de nerfs. Tous les symptomes d'un accès de paludisme. Dreyfus, à compter de ce jour, fera souvent mention de telles attaques. Violente fièvre le lendemain, absence de pharmacie sur l'Ile. Puis, les jours suivants, fièvre (oujours), embarras gastriques, désordres intestinaux. Le 16, "accès de congestion cérébrale". Freyfus fait demander le médecin qui ordonne 40 cg de quinine chaque jour (traitement habituel du plaudisme) 12 boites de lait condnsé et du bicarbonate de soude. En trois jours, la fièvre tombe, si la fatigue demeure.

7 juin. Dreyfus, à court de papier depuis un moment vient enfin de s'en voir attribuer. Il semble que Deniel s'ingénie à mettre à chacune de ses demandes, aussi fondées soient-elles, dans l'esprit et la règle de la loi qui régit la déportation, le plus de mauvaise volonté possible à le satisfaire.

Le 12 juin, enfin, Dreyfus reçoit sa batterie de cuisine et ses conserves, commandées dès le début à Cayenne. Des forçats venant faire des travaux de maintenance, on le reclut quelques jours dans sa cellule. Allusion faite à des spasmes intestinaux très douloureux.

Juin: la saison des pluies bat son plein, il est couvert de boutons provoqués par les piqûtes de moustiques et autres insectes: sous les tropiques, ces cases qui ont peu d'ouverture et de ce fait sont peu ventilées en contiennent inévitablement des myriades.

 

618_0034 Juillet. Le retard avec lequel Dreyfus reçoit son courrier d'explique enfin: sa famille vient seulement d'être avisée qu'elle doit envoyer sa correspondance au Ministère (sans doute pour que le Deuxième Bureau l'analyse). Jusque là, elle partait en Guyane, revenait à Paris avant de faire le trajet opposé. Il apprend ainsi que le vrai coupable n'est toujours pas démasqué, mais cette séie de lettres semble lui insuffler de l'énergie.

10 juillet, sans doute une mesquinerie de Deniel. Il lui est désormais fait interdiction de se promener autour de sa case, de s'asseoir derrière, sur le seul endroit à la fois à l'ombre et au frais.  Retour au régime des forçats, c'est à dire sans café, sans cassonade. Un morceau de pain de deuxième qualité chaque jour, et, deux fois par semaine, 250g de viande. Les autres jours, de l'endaubage ou du lard conservé. Incertitude lui est laissée sur la suppression éventuelle des conserves reçues de Cayenne à ses frais. Pour protester, Dreyfus décide de ne plus sortir de sa case et de ne se nourrir que de pain et d'eau.

Deux jours après, Deniel recule en partie et assure le maintien de la livraison des conserves, plus du droit de circuler. Pour marquer son autorité, il persiste dans l'interdiction mesquine de s'asseoir sur le banc.

Dreyfus semble craquer dans sa volonté de ne jamais se révolter, pour démontrer sa qualité de soldat dont l'obéissance est la première des vertus. "Quand je marche trop vite, on dit que j'épuise le surveillant qui doit m'accompagner ; quand je déclare alors que je ne sortirai plus de mon cabanon, on menace de me punir ! Enfin le jour de la lumière finira bien par arriver, par venir."

Indication répétées de souffrances dues à la chaleur, pendant la saison sèche.

"J'avais fait demander à Cayenne une boîte d'instruments de menuiserie afin de pouvoir m'occuper un peu physiquememt. Ils m'ont été refusés. Pourquoi? Encore une énigme que je ne veux pas chercher à résoudre"

3 décembre 1895...

Je n'ai pas encore reçu le courrier du mois d'octo­bre. Journée lugubre, pluie incessante. Le cerveau se rompt, le cœur se brise.
Le ciel est noir comme de l'encre, l'atmosphère embrumée ; vraie journée de mort, d'enterrement. Combien souvent me revient à l'esprit cette excla­mation de Schopenhauer, qui, à la vue des iniquités humaines, s'écriait : « Si Dieu a créé le monde, je ne voudrais pas être Dieu. »

Le courrier venant de Cayenne est arrivé, paraît-il, mais n'a pas apporté mes lettres. Que de douleur ! Rien à lire, rien pour échapper à mes pensées. Ni livres, ni revues ne me parviennent plus. Je marche dans la journée jusqu'à l'épuisement de mes forces, pour calmer mon cerveau, pour briser mes nerfs.

dreyfus-CPLes Allemands exploitèrent l'affaire, évoquant la "barbarie française vis à vis d'un innocent". Ils prirent des contacts diplomatiques discrets pour attester de l'innocence de Dreyfus qui ne fut jamais leur agent, mais d'une part ils n'étaient que peu crédibles, d'autre part donner des arguments irréfutables aurait grillé leur vraie "source", Esterhazy