Le choix des surveillants.

 

555_396_image_caom_3355_10_7_031895_007J'ai recherché dans le détachement des surveillants militaires au service à la Guyane, les agents qui seraient chargés de la mission très délicate de surveiller Dreyfus.

Comme le dit le Ministre, il faut trouver des sous officiers d'une fidélité éprouvée, inaccessibles à toute corruption, incapables en un mot, de faillir à leur devoir de soldat. Je crois avoir choisi 4 surveillants dont je puis répondre, et que je juge à l'abri de la moindre faiblesse devant les offres les plus élevées.

Ce sont MM
Fouly, surveillant-chef de 2e classe, vient d'arriver dans la colonie.
Papaud, surveillant de 1e classe, en service à la Montagne d'Argent, qui vient de recevoir une médaille d'or pour le courage qu'il a montré dans une attaque dont il a été l'objet de la part des relégués, dur la "Ville de saint-nazaire" en cours de voyage.
Battisti, surveillant de 3e classe, énergique et discipliné, a servi longtemps dans les maisons centrales de France.

555_397_image_caom_3355_10_7_031895_008J'augmenterai ce nombre de surveillants d'une unité à l'arrivée de la "Ville de Saint nazaire" en choisissant l'un des sous-officiers du convoi que je prendrai parmi ceux qui auront été plus spécialement chargés de la garde de Dreyfus pendant la traversée.

Je pense que ces 5 agents suffiront, pour le moment du moins, à assurer le service de l'Ile du Diable dans les conditions les plus favorables.

J'ai du interrompre ici le présent rapport, que je reprends à mon retour des Iles du salut, après avoir reçu le convoi des Transportés, des relégués et le déporté Dreyfus, arrivés par la "Ville de St Nazaire" qui a mouillé en rade des Iles du salu dans la nuit du 8 au 9 mars.

Je vous ai verbalement rendu compte, monsieur le Gouverneur, des différentes mesures que j'ai du prendre et des instructions que j'ai données au Commandant des Iles du Salut, je vous ai même donné connaissance des recommandations que j'adressais à ce fonctionnaire concernant le déporté Dreyfus et l'installation de l'Ile du Diable. Je vous demande la permission de reproduire le tout ici. 

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Difficile de ne pas être frappé par le degré de paranoïa de ce fonctionnaire, obsédé par l'idée qu'un homme dépouillé de tout, interdit de parole, sans un sou sur lui et sans l'impossibilité de s'en faire parvenir, dont la correspondance, à l'aller comme au retour, sera soigneusement censurée et analysée par des spécialistes, puisse ciconvenir un fonctionnaire de l'Administration pénitentiaire!

De mauvaises langues ajouteront que si de telles précautions s'avèrent nécessaires, c'est que la hiérarchie a plus que des doutes sur l'intégrité de ses surveillants...

Enfin cette obsession de recopier, n'ayant pas peur des redites, ce qui fut déjà émis dénote la caractéristique fréquente dans bien des administrations: on ouvre le parapluie, plutôt que de tenter d'éviter les cataractes...