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IMG_0036Située à environ 130 kilomètres de Cayenne à mi-chemin de Saint-Laurent du Maroni, la commune est surtout connue par son église, classée monument historique depuis 1978 grâce à 600 m2 de fresques dues au forçat Pierre Huguet.

On doit cette petite église au Père Raffray, nommé en 1886 et surtout au talent d'un bagnard : Pierre Huguet, qui  réalisa un petit trésor d'art naïf.

Il a fallu six ans pour réaliser l'édifice – ce qui en dit long sur l'ardeur des autorités en Guyane, avant que la décoration intérieure ne puisse commencer.

IMG_0035Toutes les structures porteuses sont en bois de Guyane. Les murs sont constitués de remplissage en briques. A l'origine, la toiture était en bardeaux.

Les décors intérieurs ne sont réalisés que plus tard et les dates d’exécution des fresques sont longtemps restées dans le flou (sans doute vers 1893, à la fin des travaux de gros-œuvre et à la date de l'affectation de Huguet) . On sait peu de chose sur lui, né vraisemblablement en 1850 à Clermont-Ferrand et condamné, en 1889, à 20 ans de bagne pour vol avec effraction.

Affecté au petit camp d'Iracoubo dont il ne reste rien, Huguet sut sans doute trouver le filon et, grâce à ses talents picturaux, échapper aux durs travaux forestiers ou de voierie. Nous ne nous en plaindrons pas.

Ce n'est qu'en 1977 que Pierre Huguet, matricule 23.492, sort de l'anonymat puisque jusqu'à des recherches approfondies menées cette année, la décoration de l'église n'était officiellement que l'œuvre d'un bagnard anonyme. N’ayant suivi aucune formation, Huguet choisit un style simple, naïf pour peindre angelots, guirlandes de fleurs, différents personnages de la liturgie chrétienne ou encore un Christ en croix qui orne le plafond. Le travail minutieux de l’artiste est aussi remarquable dans les faux marbres ou les faux bois qu’il a peints.

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IMG_0033Mais au risque de déplaire à nos amis locaux, il faut reconnaître que d'une part rien dans ces peintures ne rappelle le milieu guyanais, d'autre part nous ne sommes pas en face d'une œuvre grandiose, même si le soin extrême apporté à sa réalisation force le respect.

On ne sait trop ce qu'est devenu Pierre Huguet, parfois considéré comme un "roi de la belle". Selon certaines sources, il aurait été libéré à la fin de sa peine. Selon d'autres il aurait pu gagner le Venezuela à sa sixième tentative d'évasion. Enfin, d'aucuns affirment qu'il aurait disparu dans l'océan.

On ne peut que regretter que la commune d'Iracoubo qui doit l'essentiel de sa notoriété à son église n'ait pas honoré davantage la mémoire de Pierre Huguet. Rien, sur place, ne rappelle qui est l'auteur de ce travail.