Après un coup de sang du Ministre des colonies qui s'indignait du prix démesuré de la nourriture importée pour nourrir les bagnards et le personnel pénitentiaire (dépense énorme pour un résultat médiocre), l'A.P. dut rechercher l'autosubsistance, ce qui n'était pas dans ses habitudes (surtout que son personnel n'avait aucune connaissance en agronomie)

 

pénitencier des roches (c) MJ evrard

scierie du pénitencier des roches

Capture 1Un des seuls vestiges du bagne de Kourou : la cuisine

La lagune aux abords de la mer, face aux îles, et autour de la pointe des Roches se prêtait fort bien à la poldérisation, mais si le site de Kourou était relativement sain, il n'en était pas de même des camps annexes le long du fleuve ou de la Couy, ni de celui de Pariacabo. En 1892, un directeur énergique et compétent développa la culture des haricots et du riz (à partir de semences brésiliennes) ce qui permit, en très peu de temps, d'assurer l'autosubsistance du bagne pour quelques années, d'autant plus que l'élevage était d'un bon rendement. Ces cultures qui s'ajoutaient à celles du café et du cacao, à celle de la canne à sucre qui, distillée, permettrait de remplacer progressivement la ration de vin par du tafia, permirent de se rapprocher de l'équilibre financier… au prix de lourds sacrifices humains. On planta même de la banane et, à la surprise générale, "cela a donné les meilleurs résultats et semble avoir été fort apprécié des condamnés eux-mêmes qui, loin de protester contre ces expériences d'utilisation des fruits et légumes indigènes, paraissent goûter, au contraire, la variété qu'elles apportent dans la monotonie coutumière de leur alimentation".

 

Capture2  Guérite de factionnaire

Seulement le pénitencier de Kourou et ses annexes allaient fournir l'essentiel des malades de l'hôpital de l'île Royale. Là, le manque de moyens dévolus aux médecins – qui ne cessaient de protester contre cet état de fait - ne permettait guère que de leur assurer un peu de repos – ce qui est très insuffisant contre le paludisme ou l'ankylostomiase (cette parasitose intestinale bénigne de nos jours tuait à petit feu des malades sans accès aux remèdes contemporains, et qui n'utilisaient pas la pharmacopée locale du fait de l'ignorance du corps médical). Longtemps, le pénitencier des Roches et ses annexes furent redoutés presque à l'instar des camps de la mort de Charvein et Godebert. Mais si les pertes étaient lourdes, au moins les résultats étaient patents et avec de la persévérance, on aurait assaini la région.

optique kourou

Capture3La "tour Dreyfus", sémaphore édifié sur la pointe des Roches au moment de l'arrivée du capitaine sur l'île du Diable, qui permettait de communiquer avec les îles par signaux visuels pour renforcer la surveillance

Seulement il fallait compter avec l'influence, auprès des autorités coloniales, des grands comptoirs spécialisés dans l'importation. Donner de la viande fraiche quasiment gratuite à des condamnés, quand il était si rentable d'en importer en barriques, si mal salée qu'elle était pourrie à l'arrivée et qu'en outre, chacun pouvait prélever sa part tout au long de la chaîne ? Cela ne pouvait durer.

Quelques années plus tard, un autre directeur remit tout en question et se mit à tenter des expériences aussi farfelues que la culture de la pomme de terre sur les polders de Kourou… Les importations reprirent massivement. Il fallut attendre 1936 pour qu'une corvée de bagnards des îles soit chargée de pêcher le poisson frais qui abondait, destiné à remplacer les barils de morue importés de Terre-Neuve !

transports forçats kourouDes forçats arrivent à Kourou

Site de la ville spatiale, l'endroit est désormais sain. Mais ce fut au prix de travaux de remblayages colossaux, qui durèrent des années, et qui n'empêchent pas de devoir faire passer régulièrement la baygonneuse (sorte de camionnette qui pulvérise un insecticide dans les rues pour limiter le nombre de moustiques certains soirs, dans la ville…)